Safe As Clinics : les skieuses prennent leur sécurité en main.

Initiée par quelques-unes des freerideuses nord-américaines les plus renommées, Safe As Clinics propose des formations neige et avalanche spécifiquement dédiée aux femmes. Un concept qui connaît un beau succès outre-Atlantique et qui a poussé les organisatrices à ouvrir des sessions mixtes. Rencontre avec l’une de ses initiatrices, la joueuse d’ukulélé et skieuse stratosphérique : Michelle Parker

Black Crows : Comment SAVE AS a vu le jour ?

Michelle : C’est en discutant avec Elyse, Jackie, Ingrid et Sherry après l’avalanche de Stevens Pass que l’idée nous est venue. Nous avions le sentiment qu’une initiation aux cours de niveau 1 était nécessaire alors on s’est dit que nous pouvions proposer des formations qui s’adresseraient spécialement aux femmes. Nous voulions créer un espace chaleureux et stimulant où les femmes puissent se réunir, rencontrer de nouvelles partenaires de montagne et échanger librement sur la sensibilisation aux avalanches. C’était vraiment super mais aussi très accaparant de s’engager dans cette aventure et, une fois la machine lancée, on s’est vite rendu compte qu’il y avait une réelle demande pour ce genre de cours.

Black Crows : À quel âge et comment as-tu commencé à prendre conscience de l’importance de la sécurité en montagne ?

Michelle : J’avais 12 ans quand j’ai perdu deux amis pour la première fois dans une avalanche. Ils étaient partis faire du hors-piste aux alentours de Squaw Valley. Ça restera graver en moi pour toujours. Pour la première fois de ma vie, je prenais conscience de ce qu’était une avalanche. J’étais très jeune et le danger implicite me revenait sans cesse en mémoire. Mais ce n’est qu’à l’âge de 20 ans que j’ai vraiment commencé à creuser sur le sujet et à me former. C’est aussi à cette période que j’ai commencé à faire du ski hors-pistes. JP Auclair était un ami proche et comme on avait le même sponsor, on voyageait souvent ensemble. Il a aussi été l’un de mes premiers mentors. Alors, quand il m’a conseillé de prendre un cours, je me suis aussitôt inscrite.

Black Crows : Quand on est entouré de personnes qui ont une grande expérience de la montagne, comment fait-on pour s’écouter et identifier sa propre zone de sécurité ?

Michelle : S’écouter, écouter sa propre intuition du milieu, celui de la montagne, toujours rester en alerte, à l’écoute des signes environnants, être pleinement présent, discuter avec ses partenaires et essayer de prendre les bonnes décisions pour évoluer en montagne de manière autonome.

Black Crows : Même en minimisant les risques, il y a toujours une part d’inconnu quand tu te lances dans une descente. Comment trouves-tu le juste milieu ? Particulièrement quand il s’agit de faire des images…

Michelle : Tu es déjà en alerte quand tu es en tournage, mais il faut s’appliquer à bien rester concentré. Je pense que quand je suis en tournage, je suis spontanément plus consciente de ce qui m’entoure afin de trouver le meilleur équilibre avec mon environnement. Cela dit, même en maîtrisant au mieux ton ego, tu prends souvent plus de risque quand tu fais des images. Il faut vraiment continuellement s’assurer, vérifier, être certain que tout ce que tu fais, tu le fais pour toi-même et pas pour la caméra.

Black Crows : Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de regretter n’avoir pas écouté ton intuition ?

Michelle : Oui. J’avais bien remarqué des signes avant-coureurs d’avalanches, notamment un réchauffement brusque des températures et de récents orages. Nous étions en train de tourner et le créneau météo nous laissait peu de temps. On avait un objectif bien précis, mais on s’est laissé embarquer par des lignes magnifiques. Alors que j’avais l’impression, à l’époque, de savoir m’exprimer, je me rends compte maintenant que j’aurais eu besoin de pouvoir le faire de façon plus constructive, surtout entourée de personnes qui avaient plus d’expérience que moi. On a commencé à remonter un couloir et, au moment d’attaquer le goulet, le réchauffement a fait partir la pente environ 300 mètres au dessus. L’avalanche a commencé à prendre de la vitesse et on a pu se décaler in extremis pour voir passer la masse de neige. Une seconde de plus et on était emporté ! C’était tellement puissant que je suis sûre qu’on aurait été sévèrement blessé si on avait été emporté. On l’a échappé belle. J’avais vraiment eu une intuition, mais j’ai choisi de continuer parce que je me sentais la novice du groupe.

Black Crows : Pourquoi penses-tu que les femmes ont besoin d’une formation dédiée ?

Michelle : On est souvent en minorité dans les activités en montagne. Il y a vraiment une énergie unique et singulière quand on se réunit, particulièrement quand on est en formation. Nous voulions créer un espace où les femmes se sentent bienvenues, autonomes et considérées. C’est notre sixième année d’activité et on propose désormais des cours mixtes. Les hommes sont souvent en minorité dans nos cours mixtes et c’est super de voir tout le monde travailler ensemble, mais j’ai remarqué qu’il y a une atmosphère spéciale dans un cours où il n’y a que des femmes. C’est rare que les femmes apprennent les gestes nécessaires à faire en cas d’avalanche auprès d’autres femmes. Et ça peut être une expérience déterminante pour celles qui veulent passer plus de temps en montagne.

Black Crows : Est-ce que tu penses qu’on écoute autant les femmes que les hommes en montagne ?

Michelle : Ça dépend vraiment de qui écoute dans le groupe. Pour ce qui est de ma propre expérience, il est certain qu’il y a eu des moments où le fait d’être une femme influençait l’impact que mon avis pouvait avoir. Je pense que la plupart du temps, ce sont des choses qui se passent de manière inconsciente, mais ça peut être vraiment frustrant de ressentir ça.

Black Crows : Comment le noyau dur de l’équipe s’est-il formé ?

Michelle : Des amies qui partagent cette même passion pour la montagne.

Black Crows : Save As connaît un grand succès, comment expliques-tu cet engouement ?

Michelle : Je crois qu’une part du succès vient de la personnalité des instructrices. C’est rare de prendre des cours de sensibilisation aux avalanches auprès d’athlètes aussi accomplies, particulièrement de cinq femmes qui assurent autant !

Black Crows : Comment s’annonce l’hiver qui arrive pour toi et pour Safe As ?

Michelle : Au départ, on avait planifié quatre sessions, mais comme on avait une liste d’attente de plus de 30 personnes, on a en ouvert une cinquième. On est super contente de la tournure que prennent les choses, et de voir autant de personnes plus extraordinaires les unes que les autres commencer leur saison en suivant cette formation. Je ne répéterai jamais assez l’importance de se former pour pouvoir évoluer en montagne en assurant sa propre sécurité. Tout le monde devrait faire une formation de sensibilisation aux risques d’avalanches avant de s’engager en montagne.

 

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