Remco Kayser : wagon marchandise de style

Une vraie locomotive pour la jeunesse la plus débridée, Remco trace un chemin qui n’est pas toujours sur des rails, parce que c’est un esthète de la neige, amateurs de courbes inégales et de tricks contre intuitifs. En avant la vapeur.

Remco Kayser est une récente recrue qui a rejoint l’escadrille blackcrows depuis sa suisse natale, ou il s’épanouit à gratter ses semelles sur les modules urbains les plus sensuels, à monter dans la poudre à la force de ses mollets (sans hésiter à emprunter une remontée mécanique opportune) et à filmer ses élucubrations souvent saugrenues sur les parks et les pistes des stations accessibles par le train. Car Remco a pour particularité de ne se déplacer quasi exclusivement qu’en transports en commun.

REMCO EN BREF

Lieu de naissance : Genève, le 3 octobre 1994
Taille/poids: 1m74 pour 65kg
Principale qualité : Je fais les meilleures caprese (tomate-mozza)
Principal défaut : Je mange tout le temps des tomate-mozza.

Études: Bachelor en Économie internationale et droit international à Genève
En cours: Master en Politique et Management Public à Lausanne

Programme d’août :
Travailler peu mais juste assez.
Voir un live de NTHNG et son label Transatlantic dans une vieille église à Gant, en Belgique.
Profiter de quelques escapades avec ce qu’il me reste de mon interrail.
Passer du bon temps avec mes ami.e.s. et la famille.
Nager tous les jours.
Améliorer mes skills de DJ.
Accueillir du monde à la maison.
Me préparer pour la rentrée universitaire.

 

 

blackcrows : Remco raconte un peu comment le ski a commencé pour toi, qu’est ce qui t’as construit en tant que skieur? Un hollandais avec un passeport suisse ce n’est pas si commun…

Remco Kayser : J’ai appris le ski très tôt. Mon père aimait ça, sutout le télémark. Ma mère elle était plutôt skating. Quand ils se sont rencontrés, mon père a emmené ma mère sur le Mont Blanc et elle s’est mise dans une crevasse, il a dû aller la chercher, ce héros naïf.

Mes parents ont récemment acheté un chalet à Saas-Fee, mais quand j’étais jeune j’ai appris à skier à La Clusaz, Avoriaz, Ovronnaz, Praz de Lys Sommand, et j’ai fait mes premières randos à Finhaut, un petit village près de Vallorcine.

Mes parents sont tous les deux néerlandais, je parle la langue sans accent mais pas comme ceux qui ont grandi là-bas. Une fois en soirée à Amsterdam, il était 3h30 dans un club sombre, on m’a dit « tu parles de façon très polie », ça m’a bien fait rire et ça m’est resté. J’ai appris avec mes parents, donc je n’ai pas l’argot des jeunes, je parle comme un prof d’université, avec des expressions parfois un peu datées. J’ai aussi joué au hockey sur gazon de façon sérieuse, c’est un des sports nationaux en hollande, quasi au niveau du foot. D’ailleurs ma sœur, qui a bossé pour le Freeride World Tour, travaille au bureau de la fédération internationale de hockey sur gazon à Lausanne.

Pour revenir au ski, mes parents ont vite vu que j’aimais m’amuser et faire des sauts. J’ai rejoint une asso gérée par Pascal «Paski» Chanson à Genève, qui emmenait les jeunes rider en minibus. On allait à Avoriaz ou aux 2 Alpes, avec des plus grands qui m’inspiraient, des snowboarders notamment, comme Matt Schaer et d’autres.

J’ai vraiment été imbibé dans cette culture du snow et du ski freestyle, avec des personnes très chouettes.

L’asso s’appelle ALSF (Association Lémanique de Skieurs et Snowboarders Freestyle) aujourd’hui, et j’essaie d’accompagner les jeunes une ou deux fois dans l’année. Je me reconnais dans les kids foncièrement heureux de passer des semaines au ski.

blackcrows : Comment définirais-tu ton style aujourd’hui, et comment tu le développes ? Tu regardes beaucoup ce que font les autres ou au contraire tu aimes être un précurseur, créer des choses qui n’existent pas ?

Remco Kayser : J’essaie de ne pas trop réfléchir à mon style, même si quand je fais des vidéos je suis assez exigeant, je ne veux pas de certains plans que je juge ratés, je veux que ce soit beau.

“Dans ce que je regarde, il y a des choses que je trouve géniales et que j’ai envie de faire, et d’autres qui ne me plaisent pas du tout. Mais tant mieux pour ceux qui font ça, le plus important c’est de se marrer…”

Depuis quelques années, je regarde plus de vidéos de snowboard que de ski. J’aime bien les segments ou il y a plein d’aspects différents : du street, du jib, du freeride, du fun dans la slush, etc. Les snowboardeurs filment beaucoup en zoom/dezoom, avec des fisheyes, en 16mm, je suis sensible à ce genre de plans très « embarqués », à cette esthétique aussi, un peu «sale», qu’on ne retrouve pas vraiment dans le ski.

J’aime beaucoup ce que font des riders comme Louif Paradis, et surtout Arthur Longo qui est une mega inspiration, en même temps c’est le meilleur avec ses transferts. Je regarde aussi les vidéos de l’équipe Dust Box ou Good Sports de Torment Mag

Les films de ski sont généralement plus léchés, les films comme Zabardast, La Liste, etc, qui me font bien kiffer et m’ont inspiré dans un certain sens. Mais c’est pas encore ce que je recherche personnellement, je me reconnais pas dans la pratique/recherche derrière. Peut-être un jour. J’aime les films « relatables », dans lesquels je me reconnais.

La plupart des boites de prod que j’adorais n’existent plus : Level 1 fait des films de marques, Stept fait des vidéos pour le super bowl, etc. Mais j‘aime aussi beaucoup les crews de potes qui se tuent à la tache toute la saison pour tourner partout, il y a une vraie renaissance de ce genre de films, dont on fait partie avec mon crew Buldoz.

« Pour moi les tricks et la manière de les faire sont moins importants que les spots »

blackcrows :Tu as une vision très artistique, très esthétique du ski, qu’est ce que le snowboard t’apporte du coup, et les autres skieurs ? Tu peux nous parler de tes tricks préférés ?

Remco Kayser : Tu es inspiré en skiant avec des gens et en les regardant, et eux voient des trucs qui les inspirent. Mais les vidéos apprennent aussi beaucoup sur la sélection des spots, l’idée de faire certains tricks à certains endroits, et les idées de filming/editing.

En snowboard ce ne sont pas les mêmes moves, mais pour moi les tricks et la manière de les faire sont moins importants que les spots. Je préfère voir une part sans tricks, ou avec uniquement des sauts droits et des 3.6, si la sélection des spots est cool : c’est une grosse partie de la créativité.

La plupart des gens vont passer devant des spots et ne jamais les calculer, même la petite niche des gens qui pensent à des trucs bizarres ne vont peut-être pas voir le potentiel.

Je parle de street, mais aussi de trouver un beau rocher, une belle ligne freeride ou backcountry, se dire « moi je vais la rider comme ça ». Je fais beaucoup ça avec mes potes de ride, particulièrement sur les snowparks, le transfert auquel personne n’avait pensé, même pas la personne qui a shapé le park.

Ça doit faire 5 ou 6 ans que j’ai les mêmes tricks. Quand je pense à mon « bag of tricks », c’est abusé, parfois j’en blague avec les potes. Bien sûr j’en ai appris quelques-uns récemment, mais j’ai surtout affiné ceux que je préfère. J’ai le double back 1260, mais je n’en ai pas fait depuis 3 ans, ça fait assez peur. J’ai fait des 10 cet hiver et ça faisait déjà bien peur! Je répète surtout des cork 3, des cork 5, des rodeo 3, des rodeo 5. Dernièrement j’ai appris le switch blender misty, qui pourrait bien devenir mon nouveau tricks fétiche. Pour l’instant je dirais que c’est le front flip blunt, j’adore.

“Si j’osais une fois faire un double front flip blunt, après ça je pourrais arrêter le ski.”

Je suis vraiment plus inspiré à peaufiner et améliorer des tricks pas trop compliqués que j’ai déjà. Par exemple le switch blender misty, je l’avais déjà, c’est un 540 en gros, mais je n’avais jamais eu les reins pour essayer. Ce qui m’intéresse, c’est d’amener ces tricks-là sur des spots compliqués, ou jolis. Par exemple un 7.2 sur une ligne freeride… Des 7.2 j’en fais depuis que j’ai 17 ans , mais les poser dans la pow, ou en visant une petite réception qui fait 2m de long à la Arthur Longo, c’est tout autre chose. Les trucs les plus hallucinants dans ses films, ce sont ces airs posés dans un mouchoir de poche, en mode sniper, avec un tout petit kick qui l’envoie ultra loin. Ça pour moi c’est un tricks que je trouve plus intéressant que beaucoup de rotations ultra sophistiquées.

blackcrows : Le ski sur glacier? Tu l’as beaucoup pratiqué, comment vois tu son avenir, notamment pour les jeunes?

Remco Kayser : J’y allais surtout quand j’étais petit, pour des camps d’été notamment, je me souviens que ça me faisait monstre plaisir. Plus tard j’étais dans le groupe C de Swiss Ski, le niveau le plus bas de l’équipe nationale, alors on avait pas mal d’entrainements. Là ça fait 3 ans que je fais en moyenne une semaine par été. De toute façon ils vont vite disparaitre, dans 20 ans le ski de glacier c’est fini. Moi j’ai monstre kiffé, c’était vraiment incroyable, un privilège, mais la gravité de ne pas skier sur glacier va être tellement minime par rapport aux autres problèmes qu’induisent les changements climatiques.

J’étais à une conférence il y a un an et demi, organisée par Protect Our Winters, et un glaciologue expliquait que même si on arrêtait complètement de consommer de l’énergie, plus un téléphone qui charge, les glaciers disparaitraient quand même, parce qu’il y a un temps de latence. Ça me rend triste mais c’est seulement un des problèmes auxquels on doit faire face. Je m’étais motivé pour lire le rapport du GIEC, pendant 2 semaines je n’étais pas bien, je conseille parce qu’il faut qu’on se bouge, mais je préviens….

« En général en Suisse la drogue est de bonne qualité, mais ça arrive qu’il y ait vraiment n’importe quoi »

blackcrows : Tu as un travail un peu atypique, tu peux nous parler de ce que tu fais dans la vie ? En quoi ça infuse dans ton ski?

Remco Kayser : Là je peux partir sur plein de choses très profondes ! Je suis skieur mais j’ai grandi ville, à Genève, avec des parents qui ont de l’argent, un milieu privilégié. Je veux dire, déjà être skieur c’est être privilégié, mais la différence avec pas mal de mes potes, c’est que pour la plupart ils ont grandi en montagne, ils n’ont pas eu forcément l’opportunité ou l’envie de faire de longues études. Pour ma part j’ai un peu cette double personnalité, d’un côté je suis un skieur, et de l’autre je cultive ce style très urbain, culturel et bobo-islamo-gauchiste. Et c’est je crois ce qui m’a petit à petit amené au travail que je fais aujourd’hui.

J’aime la musique et la fête. Depuis que je suis petit, mes parents parlent beaucoup à table de théories sur la « war on drugs ». Il faut dire que ma mère est addictologue, et mon père est aussi spécialiste de médecine, même si lui travaille sur la physiologie en haute montagne. Le fait est que j’ai grandi en sachant très tôt que des gens consomment des drogues, de façon légale ou illégale, et qu’il y a des comportements plus risqués selon la qualité et la quantité de ce qu’on consomme. Je savais aussi qu’il était important de s’informer pour ne pas prendre n’importe quoi. En grandissant j’ai fait mes propres expériences en soirée, j’ai pris des produits illégaux de façon assez informée du coup, et je voyais autour de moi que les gens n’avaient parfois aucune idée, ne faisaient pas attention à ce qu’ils prenaient, et pourquoi ils le prenaient.

J’avais déjà entendu parler et croisé le chemin de l’association Nuit Blanche, pour laquelle je travaille depuis que j’ai fini mes études. Le but n’est pas de faire de la prévention, mais donner des informations et aider à réduire les risques. On va au contact des gens en club à Genève, on donne des infos, des kits de réduction des risques (avec des pailles, de quoi nettoyer le nez ou le téléphone). On a notamment un labo où on analyse les substances. Même si la politique suisse est très avancée sur le sujet, ça a été quand même compliqué à mettre en place, car on nous donne quelque chose d’illégal pour l’analyser, on le teste et on rend le produit… On fait une analyse qualitative et quantitative, on n’est pas dans le jugement.

En général en Suisse la drogue est de bonne qualité, mais ça arrive qu’il y ait vraiment n’importe quoi, alors on essaie d’expliquer et de donner des points de comparaison.

Un avantage de ce travail c’est qu’il prend très peu de temps sur le ski. À part le « drug checking » qui se fait la semaine, en général je ne travaille que le week-end, et c’est assez libre, je peux prévoir de ne pas être là si j’ai un trip de prévu. Je skie souvent moins le week-end mais ça tombe bien c’est là où il y a le plus de monde sur la neige.

L’année dernière j’étais encore étudiant, et je me rends compte que j’aime bien ne pas avoir que le ski dans ma vie.

« J’ai déjà fait des saisons entières à ne faire que du ski, mais avoir quelque chose à coté ça me fait skier mieux, j’ai plus faim. J’aime avoir cet équilibre, d’ailleurs je vais continuer des études à temps partiel dès septembre. »

blackcrows : Flo Bastien (team manager blackcrows) dit de toi que tu es un «éternel rookie», c’est vrai que tu as gagné le prestigieux Level 1 Super Unknown comme des Tom Wallish ou Corey Vanular, sans devenir aussi mondialement célèbre…

Remco Kayser : Il y a pas mal de choses qui rentrent en jeu à ce sujet. Ces 4-5 dernières années, si tu regardes l’histoire des gagnants du Super Unknown, ils ont moins pété le game que ça a pu être le cas à une époque. Avant tu gagnais le Super Unknown tu pouvais filmer avec Level 1 pour le reste de ta carrière. Pour ma part j’ai eu la chance de faire 2 films avec eux, ou plutôt 1 et demi, ZigZag ou j’avais juste quelques shots car j’avais pu suivre l’équipe au Canada juste après le contest, et Romance, leur dernier, ou j’ai une vraie part.

C’est plus dur maintenant de devenir une superstar, de sortir du lot, il y a vraiment beaucoup de super skieurs. Mais être un éternel rookie, pour moi c’est un compliment. J’aime bien l’approche, tu peux toujours apprendre.

Des copains, Ruedi et Sam Ortlieb, font un magazine qui s’appelle Knuckle Mag, qui parle de ski et de culture. Chaque année on écrit un article dedans avec Mae Biedermann (un autre crow). J’étais à Berne pour réfléchir au prochain, et j’avais en tête ce dessin du singe qui illustre le la théorie de l’évolution de Darwin, avec le singe qui se redresse et devient un humain.

Mon idée c’était de faire un dessin similaire avec des skieurs dans mon genre, au début on commence en pantalons larges et baggy, puis on ride sans bâtons, en nose press dans le park, puis les bâtons reviennent, on commence à faire de la poudre hors du park, et ça finit dans le raide, on achète des crampons avec des pants et vestes techniques pour faire de l’alpinisme. C’est l’évolution darwinienne du skieur, et c’est aussi un peu ça être un éternel rookie.

En tant que skieur on aime évoluer dans des styles de ski différents, et du coup on a toujours des techniques différentes à apprendre.

C’est important d’accepter d’apprendre tous les jours, ça aide à ne pas prendre la grosse tête.

Aujourd’hui j’ai deux paires de skis montés en randos, mais ça n’empêche pas que j’ai toujours envie de 3-4 shots de street dans l’année. J’ai juste un panel plus large. Et ça tombe bien avec blackcrows car il y a des skis pour tout faire.

blackcrows : À quoi ressemble ton quiver, tu utilises beaucoup de skis différents dans la saison ?

Remco Kayser : Le Nocta est mon ski numéro 1, je l’utilise beaucoup, sauf si la neige est trop dure. Il était parfait pour le trip qu’on a fait à Riksgransen en fin de saison, très léger pour les randos, et pas giga raide ce qui fait que tu peux te marrer dessus à la descente.

En rando j’ai aussi un Anima qui est le ski que j’utilise pour monter et faire des faces où je vais charger un peu. Je le prends surtout pour des randos de moins de 3h, généralement depuis les remontées mécaniques.

Le captis est mon autre ski principal, mon ski de park, que je n’ai eu qu’en fin de saison car c’est le modèle 2023. Il était parfait en conditions printanières pendant 2 mois. J’avais le camox jusqu’en février, mais le captis l’a remplacé après ça, et je l’ai trouvé vraiment intéressant, c’est mon nouveau ski préféré je pense, ça faisait longtemps que je n’en avais pas découvert un nouveau. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai filmé avec pour ce trip avec Anttu Oikonnen (à suivre…), mais je l’ai vraiment adopté et ne m’en suis que rarement séparé.

J’ai aussi un Mirus Cor, pour le park et la piste, il est vraiment fun à carver. Je me suis bien amusé dessus cette saison, j’ai dû le skier entre 10 et 15 journées en tout. J’ai skié avec des potes qui sont prof de ski, très techniques, et il y avait un slalom tracé à côté du park à Champéry. Moi j’aime bien me pencher sur ce ski, poser la main, mais dans un slalom le but c’est quand même d’aller vite. Alors comme je n’ai pas une grosse formation alpine, ils m’ont expliqué comment faire pour gratter 3 secondes sur un parcours comme ça…

blackcrows : Tu as la réputation de ne te déplacer qu’en train, ça fait quoi de monter skier à Riksgransen par le rail ? Et pour les déplacements du quotidien pour aller rider ?

Remco Kayser : J’ai le permis mais pas de voiture, mes parents non plus, depuis mes 11 ans. À Genève on n’en a pas vraiment besoin. En Suisse avec le train et les transports publics tu peux aller partout facilement. Je paie l’abonnement général qui me coute super cher, mais du coup je peux tout faire avec les transports publics.

Pour le ski, si tu filmes pour des projets et que tu dois être à 7h du matin dans une vallée, c’est bien d’avoir une voiture. Dans ces cas-là, on se rejoint en bas à Sion, Martigny ou autre, et on fait du covoiturage. Avec Buldoz, mon crew de potes, on s’est aussi acheté un van, pour aller faire du street, comme ce voyage à Madrid l’an dernier, quand ils avaient pris leur plus grosse tempête de neige depuis 50 ans.

Et c’est vrai que je suis allé jusqu’à Riksgransen, au nord de la Suède, en train en fin de saison. Ça prend normalement 47h mais c’est trop bien, car tu peux t’arrêter sur la route, et c’est souvent de bonnes surprises. À l’aller on avait du retard à Hambourg et j’ai loupé le train de nuit pour Stockholm, du coup la Deutsche Bahn m’a payé l’hôtel, j’en ai profité pour voir des potes, et ce soir-là il y avait Europa, un DJ que j’adore, qui mixait.

Au retour j’avais prévu de rester une nuit à Stockholm. J’ai fait des rencontres, profité de la vie, et finalement je suis resté 5  jours. Je n’aurais jamais pu faire ça en prenant l’avion. En plus j’ai eu un super deal sur un abonnement interrail à moitié prix : pour 330€ je peux prendre le train en Europe pendant 3 mois, jusqu’à fin aout.

Nos choix individuels ne vont pas tout changer, mais mine de rien je me suis mis une règle de ne plus prendre l’avion en Europe quand c’est possible en train. Et aller jusqu’au nord de la Suède par exemple c’est possible, tu prends plus du temps mais au final c’est presque absurde d’aller à Stockholm en 2h. En train tu te rends compte de la distance, et tu lis, tu regardes un film, tu es dans ta tête, c’est l’aventure…

blackcrows : Tu peux nous parler de ce film avec Anttu Oikonnen qui sort à l’automne ?

Remco Kayser : Blackcrows avait été contacté par ce filmeur, Nick Meilleur, basé à Seattle, qui voulait filmer avec nous. J’avais déjà ce projet d’emmener Anttu sur mes spots en train, et comme Nick aime bien interviewer les gens et incorporer ces éléments de dialogue dans ses films, c’était pas mal pour lui. Et puis les skieurs comme nous qui font des films on a moyen de montrer que ce genre de lifestyle est faisable et chouette.

On a été skier dans 6 ou 7 stations différentes, pas mal en Valais et jusqu’à Laax. On restait un à trois jours à chaque fois, on skiait tous les jours. On bougeait pas mal et on avait beaucoup d’affaires, je devais porter 2 ski bags, les filmeurs avaient leurs sacs mega lourds, mais on n’a jamais eu de vraie galère. De la gare à la station, il y a toujours des navettes en bus, c’était très simple la plupart du temps.

On a même pris le Glacier Express version luxe, celui avec les baies vitrées. On regardait le paysage défiler à travers des cols fous, on se faisait servir de super repas, c’était drôle de nous voir, 4 skibum fatigués, dans ce décor de palace sur rails.

Dernièrement il y a un film avec Kye Petersen tourné tout en hélico que je n’ai même pas regardé. Je suis sûr que c’est magnifique et fou, mais il y a tellement peu de gens qui peuvent se servir d’un hélico pour skier, tu ne peux pas t’identifier, te projeter. Et puis l’approche me saoule, je n’ai pas envie de cautionner ne serait-ce qu’en le regardant.

Pas loin de chez soi en train il y a déjà tellement de choses à faire.

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