Mustafa « Moustique » Ceylan, l’acharné

Un nouvel épisode des Black Docs, notre série qui explore le ski vu comme un style de vie et qui montre la communauté blackcrows à travers des personnages, des histoires et des passions.

Ici on suit Mustafa « Moustique » Ceylan, Suisse de parent turcs qui a eu le déclic du ski sur le tard, à 15 ans, et qui depuis voue sa vie à la poursuite de la neige, peu importent les obstacles.

 

« Je rentre juste du ski, » c’est comme ça que Moustique répond au téléphone, avec un accent suisse caractéristique.

Né en 1990 à Montreux de parents kurdes qui avaient découvert la suisse pour leur voyage de noces, Mustafa n’est pourtant pas exactement tombé dans le ski à sa naissance.

« Je suis de culture Turque, mes parents le ski ce n’était pas pour eux, il y avait de la neige au village mais ils n’ont jamais skié de leur vie. Ils n’avaient pas vraiment les moyens, acheter un ballon c’était moins cher, et du coup chez nous c’était plutôt le foot. »

Bien sûr comme tous les petits suisses, Mustafa fait du ski à l’école, mais c’est un éternel débutant qui subit plus qu’il ne profite.

Le déclic se fait à 15 ans. « La première fois que j’ai vraiment aimé le ski, c’était avec mon ami d’enfance Léo Bottarel, qui habitait deux étages au-dessus de chez moi. Il m’a passé des chaussures et des lattes, et il m’a appris directement à sauter alors que je savais à peine tourner. »

Mustafa commence avec des Atomic rouges et une paire de chaussures trop petites. « J’ai skié trois ans avec les orteils complètement tassés. » Autant dire que quand il peut enfin s’acheter une paire de Nordica Ace Of Spades, « comme tous les riders de l’époque », ça le libère.

On l’appelle « Moustique » depuis ses années foot, et à 60kg pour 1m76 pas étonnant que le surnom ait tenu pendant 20 ans, à tel point qu’au lycée ses examens étaient signés « Moustique Ceylan ». Mais même si c’est un rider très, très léger, Moustique est du genre tonique, l’héritage d’un passé de footballeur.

« Son corps est maigre mais il est solide » dit de lui sa mère.

Et solide, il faut l’être pour encaisser les chocs. Autodidacte et volontaire, Moustique s’est construit en tapant fort son corps frêle contre la neige, qu’il a tout de suite considéré comme un terrain de jeu formidable. Il a aussi très vite développé sa passion sur son « home spot » d’Orgiride, une micro station privée sur les hauts de Montreux équipée d’un petit téléski et d’une grosse batterie de modules, parfait pour se mettre en jambes, avec des nocturnes deux fois par semaine.

Quand il n’est pas à Orgiride, on le voit un peu plus haut, au Rocher de Naye, ou aux Portes du soleil et à Leysin (« il y a un joli snowpark »). Avec son boulot de skiman au Sport 2000 de Montreux, Moustique ne peux pas être tous les jours sur un park ou en rando, même si il essaie très fort.

« J’ai perdu des boulots et des apprentissages à cause du ski, mais je ne regrette rien. »

Car pour Moustique, « l’avantage de tomber c’est que c’est là que tu apprends à skier. C’est pour ça que je vais tenter des choses, tomber 10 fois, remonter 10 fois, et la 11ème ça va passer. »

C’est quelque chose de très personnel, une envie constante de s’améliorer, qui le pousse à peaufiner ses tricks et sa technique jusqu’à l’épuisement. Il s’est d’ailleurs assez peu blessé en plus de 15 ans de pratique freestyle engagée. « J’en ai pris des branlées, j’ai des trous dans les genoux, je me suis déchiré les 2 ménisques sur le knoll qu’on voit dans la vidéo, mais je suis remonté et je l’ai re-sauté. »

Quand on lui parle de son style, Moustique en est bien conscient, « Je n’ai pas un ski académique. »

Mais comme il dit « il me manque encore beaucoup de choses, mais j’ai mon style à moi. » Après toutes ces années de ski, Moustique se pose toujours beaucoup de questions en haut des big air, même si il sait tourner sans problème, du 360 au 1080. Dans son soucis constant de progression, il a eu le déclic du switch l’an dernier, pendant sa traditionnelle semaine de vacances de printemps à Laax, quand il y a moins de boulot.

À 32 ans passé il a toujours la passion rivée au corps, qui irradie dans chacun de ses runs, et c’est un plaisir à voir. À suivre avec ses blackcrows, de jour comme de nuit. Car moustique ne se lasse jamais. Bzzz.

Par @mathieuros

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