Les divagations de Robert

Enfermé dans sa chambre, Robert Maruna bouillonne doucement en attendant la neige. Penché sur son clavier, il partage son angoisse de la terreur qui rôde implacablement autour de sa chaise : la routine.

Le poids de la routine

La passion, c’est ce qui se pointe le matin quand la routine s’est emparée de nous et lui donne un magistral coup de pied pour l’envoyer valser.

Cela ne fait pas si longtemps que je suis de retour entre les quatre murs de mon bunker. Pourtant, avant même que je m’en aperçoive, la Routine s’est emparée à moi. La voilà assise sur mes épaules, me pliant à sa volonté. C’est comme si j’étais en train de rapetisser à chaque mot et que les pieds de ma chaise allaient rompre sous mon propre poids, me précipitant – avec cette douce neurasthénie accrochée autour du cou – à travers le palier. Et pourquoi s’en priverait elle ? J’avais bien réussi à m’en défaire, mais cette garce n’a pas hésité à faire son retour. Et maintenant, difficile de m’en débarrasser. Je risque de marcher courbé sous son poids jusqu’à l’été. Seul remède, m’enfuir à nouveau pour l’abandonner aux quatre murs de ma chambre.

Chaque hiver c’est le même topo, dès que les températures baissent en Europe centrale et que les rayons du soleil baissent sur l’horizon, nombreux sont ceux qui restent emprisonnés dans leurs bunkers. Les rues se vident et l’enthousiasme chute au diapason des températures. C’est pourquoi certains prennent la route, endurant d’innombrables heures de voiture accompagnées d’expressos misérables, de bouchons interminables et de playlists tournant en boucle. Ceci dans le seul but de trouver refuge au coeur de vallées isolées. Je vous épargne les détails, de telles descriptions ayant été suffisamment mastiquées, avalées et régurgitées.

Je ne suis pas quelqu’un du matin. Celui qui pense que “l’oiseau se lève tôt pour capturer le premier ver” est soit un consommateur de stupéfiants, soit un trentaine qui commence à souffrir d’insomnies séniles. Mais je dois avouer que cela aide à poursuivre le conte de fée enneigé. Quant à ceux qui se contentent de se plaindre du manque de neige, ils passent forcément plus de temps à analyser les cartes météorologiques et les modèles de précipitations qu’à franchir le seuil de leur porte.

Pour les autres, deux raisons les poussent à ouvrir grand la porte : primo ça vous transporte au cœur d’un univers magnifique et, secundo, ça muselle la Routine. Elle n’a pas droit au chapitre. Bien sûr, à forte dose, même le déplacement sur deux planches de bois à travers la neige peut devenir routinier, mais l’accablement est tout autre. C’est pour échapper à cet accablement que nous transformons une simple activité ludique en passion insatiable. Ce besoin d’aller là-haut fait corrige la routine malsaine quand celle-ci s’est insidieusement frayée un chemin jusqu’à notre échine.

Aussi différents et distants que soient les montagnes par rapport aux ville, c’est à nous de nous adapter. Chaque jour cache son lot d’aventures. Et c’est ce qui rend l’aventure plus intéressante qu’un voyage à la carte. Peu importe ce que nous faisons, cela doit toujours résulter de notre désir d’action. Il ne faut jamais renoncer à cet espace de liberté car il cache en lui l’antidote au dangereux poison du quotidien.

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