Fragile

Daisy Maddinson, ambassadrice black crows et sujette de Sa Majesté confinée dans un village anglo-savoyard, partage ses interrogations en ces temps de retour à l’essentiel. Membre du conseil des administrateurs de Protect Our Winter (POW) et hédoniste de la glisse, elle est en première ligne sur les interrogations liées à notre manière de vivre. Cette crise, aussi terrible soit-elle, lui apporte une lueur d’espoir quant à la propagation d’une conscience commune.

Le gouvernement a imposé le confinement et restreint les possibilités de sorties, cela m’a pris des semaines pour traiter cette nouvelle réalité du C19 en France.

Daisy Maddinson

Aux prises avec le changement, je pense que ce moment est précieux car il permet d’analyser la structure de nos vies et de nos sociétés – comment nous travaillons, nous connectons, occupons nos vies, achetons, voyageons, obtenons de l’aide, comptons sur le système global et répondons à des crises.

Cette isolation forcée nous offre un répit de cette normalité. Une chance unique pour interroger le cours normal des affaires, pour ralentir, reconsidérer l’importance des choses et se réinitialiser. Est-ce que ce virus pourrait créer un espace de réflexion sur le sens et le but de nos vies quotidiennes ? Nous permettre de prendre la mesure de ce que nous possédons déjà ?

Peut-être consacrerons-nous ce temps à une méditation profonde pour redécouvrir les choses qui comptent vraiment et pour nous relier à nous-même et à nos communautés. De sentir à quel point il est merveilleux de simplement partager avec celles et ceux qu’on aime. – un rire, une aventure, une inquiétude – et de savoir que partout dans le monde les gens partagent les mêmes joies et les mêmes épreuves. Alors peut-être cette épreuve renforcera-t-elle notre compréhension de l’interconnexion de toutes vies.

Daisy Maddinson

Dès lors que nous ne sommes plus libres de profiter du dehors, pouvons nous réaliser sa préciosité ? Cette terre que nous prenons comme acquise et tailladons sans fin. Les grands espaces de nos vagabondages, le grand air que nous respirons, les plantes que l’on inspire, le sol que nous foulons. Prendrons-nous conscience, en retour, que la bienveillance envers notre planète reflète la bienveillance envers nous-même ?

La nature travaille en équilibre. Son intelligence permet à toute vie d’exister à travers un système d’échange complexe. Alors pourquoi devrait-on prendre plus que l’on ne donne ? Accumulant des choses dont nous n’avons pas besoin ? Meurtrissant la terre pour des gains à court terme et poursuivant un développement à tout prix ?

Peut-être est-il temps de freiner notre soif insatiable de consommation pour nous satisfaire du nécessaire : un esprit, un corps et un environnement sains. Peut-être est-il temps de réaliser à quel point nous sommes privilégiés et apporter notre aide aux moins bien lotis ? De savoir ce qui est réellement important et de rééchelonner nos valeurs.

Daisy Maddinson

Il y a un basculement en cours dans nos sociétés. Je ne nie pas que ce sera difficile. Les gens souffrent et nos services d’urgence font face à une énorme pression. La pause du capitalisme ouvre de grandes failles dans nos systèmes et l’extrême inégalité de monde est une glaçante évidence.

Pas de doute, c’est une lutte sans précédent auquel fait face le monde. Mais si, au bout du compte, nous pouvions profiter de ce temps pour écouter et apprendre ? Et si nous replacions ce virus en tant que nouvelle étape dans notre processus évolutif ?

Rappelons-nous ce que signifie aussi être humain. C’est être solidaire, bon, juste, bienveillant et le moins nuisible aux autres et à notre environnement. C’est vivre plus simplement des vies plus sensées et avoir plus de clarté sur le cours normal des affaires.

Est-il possible que la paix et l’humilité éclosent du chaos et de la peur ?

Daisy Maddinson

Articles associés


Là-haut


Comme aux premiers jours


Au bout de la route