Big way of life ou les vacances de Monsieur Cottet

Le crow Arnaud Cottet revient sur sa découverte de l’allégresse du ski alaskien en compagnie de deux bienheureux camarades.

Avant de se poser chez les crows, l’Helvète Arnaud Cottet était parti camper sur le glacier Pika, au cœur du parc national du Dénali, avec le skieur Renaud Langel et le cadreur-réalisateur Jules Guarneri. Une aventure décontractée pour cet habitué des expéditions perdues à dos de mules, mais un voyage non moins émerveillant au pays de la fusion magique de l’obliquité des pentes avec les neiges venues de Behring. Solitude, belles pentes et cuisine voluptueuse, tout cela a façonné PIKA, un film drôle et élégant, bien loin des clichés d’excitation féroce qui collent à cette terre de cocagne.

BC : Ça avait l’air plutôt confort votre affaire ?

Arnaud : Pour une première expérience en Alaska, c’était pas mal. On entend beaucoup de choses des Ricains, mais c’est vrai, la neige est ouf. Et puis, on se l’est fait camping grand luxe avec chaises et tables pliantes. On est arrivé juste avec notre matos de ski, duvets et la tente. On a fait les courses sur place, entre magasins de camping et armée du salut. On avait emporté une grande tente messe, alors (il se marre) que les autres sur le glacier autour avaient des mini tentes d’expédition. C’était grand luxe, à l’américaine. Deux repas chauds par jour, viande et légumes frais. Et on avait acheté pas mal de bons vin.

BC : Un trip sans encombre…

Arnaud : Oui, nickel, aucune accroche. Trop facile. Trop bien. C’est aussi hyper bien quand c’est facile. Personnellement, ça me change un peu de faire des trucs moins compliqués.

BC : Et aussi des bonnes conditions apparemment ?

Arnaud : Oui, en tout cas les trois quatre premiers jours, il avait neigé et il faisait froid, donc conditions hiver. C’était vraiment bien. Au début, on pensait arriver plus tôt, au début du printemps, mais pour diverses raisons on n’est arrivé sur le glacier que début mai. Heureusement, on a eu de la chance avec les conditions. Au début, vraiment de la belle poudre et du soleil.

BC : Et justement cette neige alaskienne, tes impressions ?

Arnaud : C’est surtout des couloirs d’environ 500 mètres. Dans les hauts de couloir, c’est assez raide. Et, à la montée, tu continues à ramer dans la poudreuse et c’est que tu te rends que c’est vraiment différent des Alpes. La neige tient vraiment, c’est bluffant.

BC : Et vous êtes partis explorer ?

Arnaud : On est allé un peu plus loin quand il faisait moins beau. Mais le temps était un peu glauque avec de la pluie. Finalement, t’es bien dans ta tente messe à jouer au poker et à refaire le monde. Au début, tu rides, t’as la motive. Mais après 10 jours, elle baisse. Donc au début on se motivait pour aller faire des images, mais après, finalement, faire un autre sommet qui ressemble à un autre… (il se marre).

BC : Comment est né ce projet de villégiature sur glacier à 8 000 bornes ?

Arnaud : Au départ, on a monté le projet avec Algorigin, une marque de spiruline, et puis Salewa s’est joint à l’aventure. On avait décidé de partir là-bas et ça, c’est organisé rapidement. Deux, trois coups de téléphone et on a trouvé les bons plans. C’était facile à organiser. Deux coins nous intéressaient, le Dénali National Park et le Wrangle National Park. Mais Wrangle c’est très loin et isolé, plus difficile d’accès. Dans le Dénali, c’est moins cher, plusieurs compagnies d’aviation le desservent alors qu’il n’y en a qu’une seule pour Wrangle 1. Mais ça, c’est décidé en arrivant sur place, en fonction des conditions de neige et de la météo. Une fois arrivé à Anchorage, on s’est organisé. On s’est renseigné. Puis on a rejoint le glacier Pika, dans le secteur de Little Switzerland, et là on s’est posé 10 jours.

BC : Et comment vous avez repéré ce spot en particulier ?

Arnaud : C’est un coin assez connu et, après deux trois échanges avec des potes Suisses, notamment des grimpeurs qui y sont allés, on a su que c’était cool. L’avion te pose sur le glacier et après tu trouves un coin pour faire ton camp et tu rayonnes tout autour. On a aussi bien analysé avec Google Map et vu qu’il y avait pas mal de couloirs à faire.

BC : Et le glacier est fiable ?

Arnaud : Oui, c’est bien bouché avec crevasses bien grosses. On savait que ça se faisait régulièrement d’être posé là et, aux US, ils ne te larguent pas n’importe où. Après, si tu veux trouver des nouveaux spots, ça devient plus complexe, ça demande plus d’organisation. Il faut trouver le bon pilote.

BC : Et la solitude, vous êtes seuls, vous avez des moyens de communication ?

Arnaud : Non, ni réseau ni téléphone satellite. Mais en fait, il y a du passage. Là on a été deux jours tout seul, mais sinon il y avait toujours deux trois tentes pas trop loin. Quant au côté sauvage, tu es tout seul loin de tout, mais tu n’as pas la sensation du vide. Tous les jours, des avions font des déposes au camp de base du Dénali. C’est un aspect rigolo de ce voyage. T’es au milieu de nulle part, mais avec des avions qui passent proches. Le risque serait de se blesser gravement, qu’il fasse mauvais et que les avions ne puissent pas venir te récupérer. Donc tu skies en conséquence, tu fais plus gaffe. Mais on n’y a jamais trop pensé.

BC : Donc rien à redire sur Disney Land ?

Arnaud : Si, un truc qui nous a choqué, ce sont les problématiques des locaux. Tu arrives à Anchorage et tu te rends compte que tous les clodos sont des Inuits. De voir tous les natifs dans ces conditions, ça fait un peu mal au cœur. Cette concentration de misère tandis que les blancs arrivent pour faire du camping et pêcher dans les rivières.

 

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