Wavy 2, En Route Pour Le Svalbard

Qu’est-il arrivé à Niko Schirmer ? Notre crow nordique préféré avait juré de ne plus jamais mettre un pied sur ce voilier, mais son nouveau film est entièrement tourné autour de Sofie (c’est le nom du bateau) et d’un voyage au Svalbard par la mer. Explorons cela et démêlons quelques nœuds de ce sac de marin.

Il faut règler d’entrée la question du voilier. « Oui, c’était le même bateau, mais avec un nouveau capitaine, » explique Nikolaï comme pour s’excuser. « Le capitaine Crocs a vendu Sofie, c’est pourquoi l’ancien film s’intitulait “Wavy, le dernier voyage de Sofie et du capitaine Crocs”. Le nouveau capitaine, Mats Grimsæth, a vu le film et il est venu me proposer de naviguer ensemble vers le Svalbard. » Ce nouveau capitaine a beau être un vieux loup de mer ombrageux, il sait néanmoins parler aux skieurs. Il n’a pas fallu beaucoup pousser Niko pour le convaincre partir vers cette île connue pour ses terrains difficiles, ses conditions de neige délicates, sa météo complexe et ses ours polaires susceptibles (les adjectifs sont interchangeables).

Ce nouveau capitaine a beau être un vieux loup de mer ombrageux, il sait parler aux skieurs.

 

Nous revoilà donc à bord de Sofie, entièrement rénovée par le nouveau capitaine : « Il a passé plusieurs mois dans cette minuscule cabane près du port, on aurait dit une victime de trafic d’êtres humains, » raconte Schirmer. Naviguer vers le Svalbard est une chose, assez délicate en soi, mais l’équipage avec lequel vous embarquez en est une autre. Comme le dit Niko, « la meilleure partie de ce voyage, c’étaient les interactions humaines ». Avec un équipage composé de figures masculines originales (un ancien toxicomane, le nouveau petit ami de la mère du capitaine, un guide peu disert…) se trouvait une crow novice, invitée pour son ski sans concessions. « Je n’avais jamais rencontré Niko avant ce voyage », raconte Celeste Pomerantz. « Je suis assez novice chez blackcrows, et je ne m’attendais pas à recevoir un mail avec tout le monde en CC : ça te dirait de skier au Svalbard ? ».

L’histoire de Celeste est intéressante en soi, car ses parents sont des passionnés de montagne. Son père était un « skieur tardif » (de ceux particulièrement chers à nos cœurs), il a commencé le ski alors qu’il avait déjà la trentaine, à Chamonix, ce qui l’a rendu d’autant plus enthousiaste et passionné. Sa mère est norvégienne, elle a pratiqué le ski de fond en équipe régionale. Du coup Céleste comprend le norvégien « mais je ne le parle pas, même si j’ai étudié une année en Norvège, ce qui s’est avéré utile sur le bateau. »

Comme le dit Nikolaï, « il peut y avoir beaucoup de tension sur un voilier, avec des règles et une structure hiérarchique qui rend la culture de la mer très différente de celle du freeride. » Et comme l’explique Celeste, « le capitaine n’était pas le plus facile à bord, loin s’en faut. Par exemple je suis nulle en cuisine, mais nous avons tous fait nos corvées. Niko sait préparer une très bonne soupe de renne. Asbjørn est un papa et un super cuisinier. Mais le capitaine ne cuisinait jamais, c’est la règle sur un bateau. »

Tout cela donne des anecdotes intéressantes en mer, mais le but était surtout de skier. Et là aussi, ça n’a pas été facile. « J’espérais pouvoir skier des lignes incroyables, mais le Svalbard a été frappé par des vagues de chaleur au printemps dernier », explique Niko. « Partout où nous allions, les locaux nous disaient la même chose : continuez vers le nord. La bonne neige était censée être là-bas, mais nous avons atteint le nord, et la neige était toujours aussi pourrie. »

 

Naviguer à proximité de lignes skiables donnait lieu à des sentiments mitigés. Céleste était surexcitée à l’idée d’aller skier, n’importe quand, n’importe où. « C’est difficile parce que le soleil est toujours présent, alors tu as tout le temps la tentation d’aller skier, même si j’essayais aussi de ne pas trop m’exciter. » Elle qui n’avait jamais été impliquée dans un projet de film de ski de si grande ampleur n’était pas familière avec les subtilités d’un tournage. « La première ligne de ski que j’ai vue, je me suis dit “C’est bon, allons-y”, alors que Niko s’inquiétait de la lumière et de plein d’autres détails techniques. »

Céleste est la plus jeune de l’équipe, jamais inquiète de la météo, et régulièrement frustrée par l’attitude de ses aînés. « Nous n’avions jamais skié ensemble avant ce voyage donc il y avait une certaine tension, je n’étais pas sûr qu’elle serait au niveau, » raconte Niko. « Mais elle a fait preuve d’une belle énergie, elle me rappellait la première fois que je suis allé à Whistler, excité par tout ce qui m’entourait… “C’est un voyage de rêve !”, s’écriait Céleste à tout bout de champ. Et finalement elle a prouvé qu’elle était solide, qu’elle pouvait skier vite, et même rajouter des figures freestyle. »

« Dans le film, je suis un peu un empoté, un peu perdu entre Céleste et notre guide, Asbjørn, moins enthousiaste, plus pointilleux. Ma petite amie vient de me larguer et j’ai aussi tapé fort sur un rocher, donc il y a cette histoire dans l’histoire, à propos de là où j’en suis dans ma vie et ce que je peux trouver dans les montagnes. Asbjørn Eggebø a 10 ans de plus que moi, il s’est déjà cassé des vertèbres, donc il est plus prudent, et en plus il a laissé sa femme et ses deux petites filles à la maison, ça lui donne une autre perspective. »

 

L’équipe a croisé beaucoup d’animaux, car le Svalbard est une terre qui fourmille de vie malgré son climat exigeant : des morses, des phoques, de nombreuses espèces d’oiseaux, des rennes, des dauphins, des baleines…. « Nous avons vu 5 ou 6 ours polaires, » se souvient Celeste. « Le premier était vraiment magnifique, c’est celui que nous avons pu passer le plus de temps à regarder. Nous étions sur la terre ferme, j’étais sur le point d’apprendre à tirer une fusée de détresse. Si l’ours vient vers toi, tu es censé d’abord tirer une fusée en l’air, et en dernier recours tu lui tire dessus. Mais juste avant que je n’utilise le fusil pour mon premier entraînement, le capitaine a repéré cet ours à environ 1 km. Nous sommes rapidement remontés sur le bateau. C’était vraiment cool de le voir, ou de la voir. Pendant tout ce temps, je me disais « il faut que je profite de cet instant, je ne reverrai peut-être jamais ça, je dois m’en souvenir »

Très souvent devant un paysage ou un animal je me disais « il faut que je profite de cet instant, je ne reverrai peut-être jamais ça, je dois m’en souvenir »

Sur un voilier, il y a des règles et une structure hiérarchique qui rendent la culture de la mer très différente de celle du freeride.

 

Finalement, l’équipage a trouvé ce qu’il était venu chercher. « Brøggertind, la montagne finale, celle qui apporte la rédemption quand tout espoir semble perdu. » Cet endroit présentait beaucoup d’options, avec des couloirs qui plongent jusqu’à l’océan (y compris « La Diabla » baptisée par l’équipe qui a signé la première descente). Avec autant de grandes lignes à skier, le bateau n’a plus trop bougé. « Un jour, pendant que Niko dormait (nous avions des horaires de sommeil bizarres), nous sommes tous allés skier deux lignes », raconte Celeste. « Pas les plus belles du trip, mais vraiment sympa. Puis j’ai fait une autre ligne avec Niko quand il s’est levé. C’était un de ces jours que je n’oublierai probablement jamais. »

 

Articles associés


Le cinquième pilier du freeride


La cabane