Mémorable mont Moran | Beau Fredlund

Au printemps dernier, les étoiles se sont alignées pour offrir une aventure à ski exceptionnelle au nord de la chaîne des Teton, dans ce que le Wyoming offre de meilleur en termes de ski sauvage. Le crow Beau Fredlund raconte une de ces journées en montagne qui font battre le cœur de tout skieur, et que la vie nous distille de manière inattendue mais régulière, comme autant de trésors dans les fissures les plus inaccessibles.

Tout a commencé à Jackson Hole où je retrouvais deux vieux potes de ski, Adam Fabrikant et Billy Haas. Adam et Billy sont d’incroyables guides de montagne locaux, des personnages authentiquese et vrais, et surtout des skieurs vraiment extraordinaires. J’avais appris à les connaître lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande il y a six ans de ça, où on avait vécu ensemble de ces journées magiques dans les montagnes qui tissent en peu de temps des liens d’une grande intensité. Nous étions ravis de pouvoir à nouveau skier quelques jours ensemble après un hiver chargé de travail. On s’entend bien sur la neige tous les trois, et on avait depuis un moment en tête cette ligne sur le mont Moran, l’une des montagnes les plus spectaculaires des Teton.

On avait bloqué trois jours pour skier ensemble, six mois auparavant, et on espérait vraiment que les conditions s’aligneraient pour quelque chose aussi fun et qualitatif que possible. La couche de neige serait-elle à la hauteur de nos envies, et de notre projet exploratoire du Mont Moran? Nous partagions cet appétit pour la recherche de nouveaux terrains et de lignes originales dans un endroit spectaculaire. Mais la montagne se mérite, et la météo a toujours le dernier mot…

Notre ligne part de l’entaille la plus proéminente, près de l’élément rocheux ressemblant à un œil.

L’inspiration pour cette ligne était venue quelques années auparavant. Avait-elle déjà été skiée ? Cela n’avait pas vraiment d’importance, mais l’itinéraire semblait en même temps logique, excitant et attrayant.

Il y avait eu une période de temps sec début mars, mais le jour où je suis arrivé à Jackson Hole, une tempête de neige exceptionnelle venait de se terminer, et nous nous sommes retrouvés à skier environ 30 cm de neige fraîche posée sur un fond juste assez dur pour ne pas être gênant. De la super bonne poudre de fin de saison en somme. Les températures étaient restées fraîches, avec des vents relativement légers. Les conditions sur le Moran pourraient être idéales.

Le ski avait été phénoménal à altitude moyenne deux jours auparavant, mais nous pensions que nous pouvions tenter de monter plus haut. Était-ce trop tôt après une grosse tempête de neige pour s’aventurer sur ce type de terrain ? Il y a beaucoup d’options dans les Teton, parfois trop, semble-t-il, et la décision de se rendre sur cette ligne plutot qu’une autre était définitivement délicate. Nous avions besoin d’une marge de sécurité raisonnable. Mais nous pourrions aussi avoir juste le bon timing pour skier de nouveaux terrains sauvages et vraiment profiter d’excellentes conditions de poudreuse bien stables, de celles dont on rêve en cette période de l’année. Plus encore, nous voulions trouver le bon équilibre entre aventure (et incertitude) et esthétique de la montagne, le mélange parfait de rationnalité, de sécurité et d’euphorie joyeuse.

Adam, 2 jours avant notre expédition sur le Mont Moran, profite des conditions phénoménales de ski de poudreuse dans les Teton.

Nous avons décidé d’aller vérifier ces pentes Nord-est du Mt Moran et avons commencé la mission ski environ une heure avant l’aube. C’était une nuit de nouvelle lune, très sombre, mais le ciel était complètement dégagé, et la Voie lactée se dévoilait à nous de façon vraiment spectaculaire !

Le crux de cette aventure, là où tout s’est décidé, c’est quand on a commencé à remonter le Sickle Couloir ce matin-là. Après être arrivés à sa base et avoir chaussé nos crampons, nous avons été témoins d’une petite coulée naturelle dans le couloir. C’est arrivé moins de 15 secondes après avoir commencé l’ascension, et ça nous a renvoyés en courant vers la sécurité d’un abri rocheux tout en bas. Là, nous avons palabré, pesé le pour et le contre pendant une bonne heure, discutant de l’opportunité de continuer le projet, de la nature et de la cause de la coulée, et de savoir si nous étions susceptibles d’en rencontrer une autre en grimpant. La partie inférieure du Sickle Couloir est particulièrement exposée aux risques de neige et il s’y est produit un accident tragique quand, en 2015, un groupe de skieurs remontant le couloir a été emporté par une petite coulée qui a tué deux personnes. Inutile de dire que nous avons beaucoup réfléchi avant de prendre notre décision. Pendant que nous attendions et réfléchissions aux options, la montagne était remarquablement calme et nous nous sommes finalement engagés à nouveau et avons rapidement remonté la moitié inférieure du couloir, avec une conscience aigüe de la neige poudreuse dans laquelle on évoluait, du danger naturel d’avalanche, et à l’écoute du moindre bruit. Avec le recul, notre décision semblait relativement sûre, même si je ne conseillerais certainement à personne de s’engager à la légère sur ce type de terrain. Mais on était là le bon jour, avec les bonnes conditions, et dans cette configuration, cet itinéraire ne pourrait pas être plus fortement recommandé.

« Adam était tellement excité qu’il faisait littéralement des cercles en patinant sur ses skis »

Niveau logistique, nous avions emporté deux cordes de 60 m et tout le matériel de rocher dont nous avons fait bon usage. Nous avons fait 4 rappels sur la montagne au total, un pour accéder au départ de la ligne sous la crête, et les trois autres dans la descente à ski la plus directe possible. Nous avons également assuré la première longueur à skis pour évaluer le danger potentiel d’avalanche de plaque.

La descente s’est déroulée magnifiquement, en suivant quasiment la ligne de plus grande pente tout le long, sur près de 1000m de ski sauvage et exposé, suivis de 600 mètres de poudreuse supplémentaire et de superbes pentes en contrebas du lac. Nous étions durablement excités, shootés à l’adrénaline, alors que nous repartions pour quelques heures de peaux de phoque sur le lac au coucher du soleil. Adam était tellement heureux qu’il faisait littéralement des cercles en patinant sur ses skis, tout en chantant des chansons à tue tête. Tous nous ressentions cette joie, pure et sans faille, d’une belle journée sur la montagne.

écrit par Beau Fredlund et adapté par Mathieu Ros.

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