À la pêche en Alaska

Chaque skieur à sa façon propre de poursuivre un style de vie consacré à la neige, et de profiter de l’hiver aussi longtemps que possible.

Parfois c’est légal, parfois non. Parfois cela impacte la saison de ski, parfois ça nous laisse entièrement libres de vagabonder dès que la neige tombe. Pour Willie, la solution a été la pêche commerciale en Alaska.

Une façon difficile mais ennivrante de gagner ses journées de ski. 

La pêche… par où commencer.  Pour être honnête, je voulais trouver un emploi saisonnier bien rémunéré où je pourrais avoir l’hiver tranquille pour skier autant que possible. J’ai essayé d’être pompier pendant un an, mais ça ne me convenait pas vraiment, alors j’ai décidé de partir en Alaska avec un ami. Nous avions juste assez d’argent pour le voyage et aucune piste pour vivre sur place.  

« Un trajet de 60 heures en voiture et 20 heures de ferry nous ont amenés sur l’île de Kodiak. »

Pendant un mois d’affilée, nous avons vécu dans notre camion et parcouru les parcs régionaux, sans peut-être payer tous les frais de camping… Nous avons mangé du chili directement dans sa boîte tout en nous offrant une grande canette de bière premier prix de temps en temps.

Avant de nous rendre en ville et d’aller au port pour décrocher un éventuel job, nous mettions le réveil à 5h30 tous les matins pour être sûrs d’avoir levé le camp avant qu’un garde forestier ne nous déloge. Entre autres travaux, j’ai repeint un bateau de pêche au crabe, aidé quelqu’un à réparer son filet contre des sandwichs à la mortadelle, et autres petits boulots.

« Après un mois de galère j’ai finalement trouvé un emploi de mousse sur un bateau. »

Heureusement pour la planète, l’Alaska possède les pêcheries les plus contrôlées et les plus durables du monde.

Ceci dit, la pêche commerciale n’est pas vraiment un métier pour les âmes sensibles. En gros on reste pendant 3 mois sur un bateau de 10 à 30 mètres de long à travailler, vivre et dormir avec les 3 mêmes personnes, chaque jour. On se réapprovisionne en nourriture et en fuel, et on vend notre poisson, tout ça par l’intermédiaire de la conserverie qui nous envoie sur les bateaux.

Nous sommes obligés de rester à bord tout le temps, à l’exception de quelques trips par an. Il n’est pas rare de recevoir des méduses en plein visage, ce que je considère comme la partie la plus désagréable du job.  En outre, le temps est parfois horrible, mais si il y a de l’argent à faire, il faut mettre en balance le risque pour l’équipage et l’intérêt de repartir quand même en mer. Parfois, le choix est vite fait, parfois, c’est plus compliqué.   

 

« L’épuisement mental et physique est assez courant, et je m’y suis finalement habitué. »

 

Lorsque nous ne sommes pas en train de pêcher, il y a toujours quelque chose à faire.

Tous ceux qui ont passé un peu de temps sur un bateau savent que tout se casse tout le temps. Qu’il s’agisse de l’entretien du bateau ou des tâches personnelles, la pêche n’est jamais monotone. Mon équipage cumule près de 50 ans d’expérience et chacun apporte quelque chose de différent, même si nous ne sommes pas tous super qualifiés. C’est assez miraculeux de voir comment nous pouvons bricoler quelque chose pour sauver la journée, ou nous réunir pour régler des problèmes majeurs lorsqu’ils surviennent.   

La pêche au saumon dans le détroit du Prince William n’est pas la plus difficile en Alaska. Nous avons du temps libre pour nous amuser et pour remplir le congélateur de crevettes, de flétans, de sébastes, de saumons royaux et de concombres de mer.

J’ai passé d’innombrables heures à faire des randonnées autour des îles, à chasser le cerf à queue noire de Sitka, à cueillir des baies, à faire des randonnées, à nager avec les otaries, à sauter des falaises et à surfer sur la plus longue vague d’Alaska (notre sillage). En général on passe de bons moments entre potes, en profitant de la diversité apparemment infinie de ressources naturelles que l’Alaska peut offrir  

Ce sont les petites choses qui me motivent, de belles vagues ou une bonne journée de pêche qui font monter l’adrénaline. 

« Les interactions avec la faune sont également assez incroyables. »

Je me suis retrouvé à quelques mètres d’une baleine à bosse curieuse, j’ai plongé avec des lions de mer, des marsouins nagent régulièrement à l’avant de notre bateau et je me suis retrouvé à pêcher près d’un groupe d’ours qui se gavaient de saumons. Ici la  nature est brute, sans filtre. Un capitaine m’a dit « des gens paient pour voir ça, tu sais » ; dans ma tête je me disais que des gens sont aussi payés pour voir ça.  

Il y a toujours des hauts et des bas dans la pêche.  Mais une des raisons pour lesquelles je suis ici en premier lieu, c’est de rêvasser en regardant le cœur de la chaîne du Chugach, en constatant qu’il y a encore des lignes skiables en août.

« Un jour, je prendrai mes skis à bord, mais en attendant, je peux regarder les montagnes et explorer les glaciers pendant mes jours de repos. » 

La pêche est toujours un pari, mais elle me donne la liberté d’assouvir mes envies et de profiter de tout mon temps libre pendant l’hiver. La quantité de poissons que nous attrapons pendant la saison détermine le nombre de trips que je pourrai faire pendant l’hiver.  

Je suis reconnaissant d’avoir rencontré une nouvelle famille chez les pêcheurs d’Alaska, c’est une communauté très soudée, comparable à celles qui se forment chez les skieurs.  

 

Par Mathieu Ros

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