Lettre du Valgrisenche

Le deuxième opus de la Sentinelle, événement dédié à la randonnée libre et insouciante, s’est déroulé au printemps dernier aux abords de la commune de Valgrisenche, dans les ramures de la Vallée D’Aoste. Comme de coutume chez nos voisins italiens, ce fut lumineux, chaleureux et joyeux. Bruno Compagnet, co-créateur de l’évènement, nous raconte cette Sentinelle accompagné des photographies de Pascal Tournaire.

Quiconque s’est frotté à l’organisation d’un événement en pleine nature a dû composer avec les humeurs et les fluctuations de cette dernière. D’autant si l’événement en question se déroule au printemps en haute montagne avec pour premier partenaire une neige qui, toute magicienne qu’elle soit, est peu disposée à se laisser dicter ses conditions plusieurs mois à l’avance.
Aussi, quand, suivi par une trentaine de skieurs le long de cette vallée voisine du Val D’Aoste, je me retrouvais à faire la trace sur un joli tapis de neige fraîche et sous un grand soleil, je souriais de soulagement et d’enthousiasme. Seule l’absence de Minna venait ternir le tableau. Clouée à Chamonix par les antibiotiques. Quel dommage qu’elle ne puisse voir l’aboutissement de son travail dans ces conditions optimales.

Pascal Tournaire

De l’avis de tous, cette édition italienne fera date dans les annales de notre communauté, et ceux qui ont eu la chance d’y participer sont repartis avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose de spécial.
Aujourd’hui, écrivant ces lignes longtemps après avoir éprouvé le plaisir de la neige fraîche et du son feutré de la glisse, je me replonge avec plaisir dans le souvenir de ces journées où les participants, le lieu et les conditions concordèrent à nous faire vivre une expérience exceptionnelle. Vivre ensemble quelques jours loin du quotidien, partager nos différences sous fond de notre passion commune, là réside l’esprit de la Sentinelle et Valgrisenche allait en être le creuset.

Pascal Tournaire

Bezzi

Niché au fin fond du Val Grisenche, c’est dans le refuge Bezzi que nous avons établi notre camp de base. Bienveillamment accueillis par le couple de gardiens et leur équipe, nous avons pu nous relaxer dans ce lieu agréable.
Idéalement situé à presque 2 300 mètres d’altitude et encore partiellement enfouis sous une épaisse couche de neige, il fut un havre de repos et un endroit chaleureux où les conversations se prolongeaient parfois tard dans la nuit.

Pascal Tournaire

Le rituel

Les sentinelles sont toutes alignées ou presque, les derniers se mettent en place sous le bourdonnement du drone piloté par Ensli. Pascal a dégainé son Nikon et Mateffy attaque sa longue course de cameraman en chef…
Le départ est donné dans la perspective réjouissante d’une belle journée de ski. Un long plat à l’ombre sous les impressionnantes faces nord pour se mettre dans le rythme. Un premier arrêt pour enlever une couche et boire un coup. Je suis du regard un doigt pointant une belle ligne que nous avons repéré quelques jours plus tôt avec Layla.
Un premier sommet dans le froid et le vent. Main courante et rappel pour tout le monde avant d’attaquer la première descente, sous les consignes de Fred et de Michele. Mise en pratique et partage entre les guides et les sentinelles.

Pascal Tournaire

Du ski libre dans la poudreuse

On recolle les peaux… Seconde montée. On suit la crête frontière entre France et Italie. Le cadre est grandiose. Ma fascination pour le ski de montagne vient de la contemplation sans cesse renouvelée de ces paysages. À nouveau le plaisir simple et euphorisant de skier tous ensemble un champ de neige poudreuse où chacun peut faire sa trace à son rythme.
La troisième remontée attaque pas mal nos réserves et pourtant notre groupe ne voit que beauté et promesse de perfection floconneuse. C’est l’occasion de se poser derrière une ultime crête. Il fait bon au soleil et à l’abri du vent. Face au cirque que nous avons soigneusement tracé, nous observons l’ensemble de notre parcours en partageant nos derniers vivres. Les conversations tournent souvent autour de la neige et des aspects techniques. La fatigue aidant, cela dérape parfois en franches déconnades.
Puis nous rejoignons le refuge où Julie, qui a sauté dans l’aventure au dernier moment pour pallier à l’absence de Minna, nous accueille toute souriante et nous informe qu’un apéro nous attend au bar.

Pascal Tournaire

Des jours bénis.

Le lendemain et le jour suivant furent des répliques du premier avec beau temps et belle neige. Soit trois jours intenses de ski de montagne entrecoupés de BONS repas et d’ateliers neige. Les pentes situées face au refuge sont restées en parfaite condition et, avant de descendre quelques bières au soleil, nombre d’entre nous sommes remontés pour partager une descente dans le viseur des preneurs d’images et sous le regard des autres.
Dans la culture souvent étriquée du ski, accro à la performance qui déchire, à l’engagement total élitiste et à la volatilité d’un monde connecté et instagramisé (dont nous sommes aussi les acteurs) on peut s’étonner du succès et de l’adhésion de beaucoup de pratiquants(e)s à La Sentinelle. Et sans doute La Sentinelle reflète cette aspiration de nombre d’entre nous à des choses simples et naturelles.
Que tous nos partenaires soient remerciés de permettre à des dizaines de skieurs et de skieuses de partager une expérience si enrichissante dans des sites exceptionnels.
Bon été à tous et rendez-vous l’hiver prochain.

Bruno et toute l’équipe de La Sentinelle.

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