William Peter Nelson
Une neige blanche comme la mer.

Vivre au cœur de la nature et grâce à la nature, William Peter Nelson, alias Willie, en a fait son quotidien. Chasseur de flocons l’hiver et de poissons l’été, insatiable des beautés du monde, le skieur originaire du Maine et basé entre l’Utah et le Montana nous transmet le souffle d’un ski farouche et libre gagné à la force de la volonté.

Sam Watson

US 9 Longwoods Road, Maine, des bois à n’en plus finir, des villages datant des premières colonies britanniques et des églises blanches sous des ciels infinis. C’est ici que William a passé son enfance entouré de ses parents et de ses frères. “J’ai grandi à North Yarmourth, Maine, juste à côté de Portland. J’ai deux frères avec qui j’ai deux ans d’écart. Je suis pile au milieu. On a toujours fait les 400 coups tous les trois et on a passé beaucoup de temps dehors à attraper des grenouilles, à se balancer des pierres ou à attaquer les voitures à coups de boules de neige pendant l’hiver. Juste des trucs d’enfants en somme, mais au moins j’ai muri.”

Jay Dash

Bien qu’elle ne roule pas sur l’or, la famille profite des moindres possibilités pour faire skier les enfants. William commence le ski à trois ans avec une première et unique leçon comme bagage. “On n’était pas très riche, cependant mes parents faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour nous emmener glisser. Mon père adorait le ski et espérait qu’on en fasse de même. Je n’étais pas toujours chaud de me lever à 6 heures du matin pour arriver sur le parking de la station une demi-heure avant l’ouverture des remontées, mais il fallait que l’on profite de chaque minute si on achetait un forfait à la journée. Parfois, mon père nous faisait mentir sur notre âge afin de bénéficier d’un forfait à tarif réduit ou même gratuit”.

La naissance d’une passion

Arrivé au collège, il s’inscrit en alpin et continu le ski chronométré jusqu’à la fin du lycée. Tout ski est bon à prendre. “C’était surtout pour avoir l’opportunité de skier. Mais j’aimais ça aussi. Je me faisais toujours deux trois runs dans le park pendant les cours et j’ai fait jouer la garantie de quelques paires après les avoir cassés en me réceptionnant à cul.” Également passionné de pêche et notamment de pêche à la mouche, William part étudier à l’université du Montana afin de faire coïncider ses deux passions avec des études supérieures en marketing. Une période dorée où il passe beaucoup de temps sur les planches en hiver et une canne dans les mains en été. “C’était une super période et j’avais pas mal d’amis qui partageaient mon ardeur. On montait un rail dans le jardin de quelqu’un ou on le tirait en traîneau dans les bois. Et puis j’ai commencé à participer à des compétitions de rail et de slopestyle dans le Nord-Ouest et je ne m’en suis pas trop mal tiré. On a aussi tourné pas mal de vidéos pendant mes études, dommage que je n’arrive pas à retrouver ces segments.” Une fois ses études terminées, il prend le sillage de quelques copains qui partent passer une saison en Utah. “Je me suis retrouvé à plier du linge la nuit à Alta avec une bonne bande. C’était juste parfait.”

Eric Seo

L’école vagabonde

Après avoir mis à profit ses années d’université pour devenir un skieur chevronné, Willie savoure cette nouvelle existence dédiée au ski. “J’ai mis toute mon énergie dans le ski à l’université et je n’ai pas arrêté depuis. J’avais de bonnes connexions en Utah quand j’ai bougé là-bas et j’ai pu glisser avec des mecs très inspirants et qui m’ont aidé à me mettre sur les rails tels Dylan Natale, Kyler Cooley, Tim Durtschi ou Willey Miller. Des mecs que je voyais dans les vidéos. J’ai rencontré des photographes à partir du moment où j’ai commencé à me mettre des vols sur des barres avec réceptions à plat. Notre bande a gagné un concours de photo à Salt Lake City. J’ai pris la première place dans une catégorie et cela m’a valu une parution dans Powder. Un peu plus tard, je signais mon premier contrat de planches avec 4FRNT. Je représentais et je bossais déjà pour Saga Outwear depuis leur début et j’ai pu profiter de pas mal de médiatisations.”

Pêche miraculeuse

Incapable de sacrifier le ski sur l’autel d’une carrière, il cherche un moyen pour financer sa liberté hivernale. “Un pote m’avait parlé 10 ans plus tôt du travail de pêche en Alaska, cela ne durait que quelques mois d’été, ce qui semblait parfait. J’y suis allé en 2010 et j’ai trouvé du boulot sur un bateau. Depuis, j’ai fait cinq bateaux et finalement j’ai trouvé un chalut confortable où je suis bien traité.” En ajoutant un peu de travail de récolte pendant l’automne, William a pu financer ses hivers. “Je monte au nord à la mi-mai, jusqu’à Homer en Alaska. La saison commence la première semaine de juin. On rejoint la Baie du Prince William près de Valdez et on reste en mer jusqu’à la première semaine de septembre ou dès que la conserverie arrête de nous acheter du poisson. Ensuite, je pars dans le Montana pour prendre du beau et bon temps avec les potes. Et, depuis 8 ans, je passe deux mois à faire les récoltes dans l’Oregon. Cela me permet de ne pas dépenser d’argent, d’en gagner et de me propulser directement jusqu’à la saison de ski. Habituellement, je suis de retour dans le Montana fin novembre où je commence à faire mes préparatifs pour partir en Utah. Je suis basé à Salt Lake, mais je voyage souvent un ou deux mois pendant la saison, au Japon récemment, mais aussi au Canada, ou dans le Nord-Ouest (Washington, Idaho, Montana). Le début de saison, c’est un peu la chasse aux conditions, après j’ai un programme plus établi. Et puis, en fin de saison, j’essaye de profiter du ski de printemps en Utah. Et, avant que la saison de pêche ne commence, je reviens dans le Montana pour profiter du chaud et marquer du bétail avant de remonter au nord.”

Noah Wetzel

Trois mois en mer

La perspective de pêcher l’été sur un bateau pour aller profiter des flocons l’hiver peut paraître une bonne affaire, mais pour passer trois mois sur un rafiot à bosser 16 heures par jour avec quatre gusses qui puent le poiscaille, il faut avoir foi en sa passion. “Depuis trois saisons, je travaille sur un bateau de 17 mètres de pêche à la senne (technique de pêche très ancienne avec un filet appelé senne, NDLR). Notre zone de pêche s’étend sur 65 000 km2 et on rentre rarement au port. Des tenders (bateaux de soutien, NDLR) viennent nous délester du poisson et nous ravitailler en nourriture et en carburant si besoin. Ainsi, on peut rester en mer pour continuer à pêcher. La plupart des jours de pêche, on se lève à 4 heures du matin et on fait le point sur les zones de pêche tandis que le pilote nous explique frénétiquement où se trouvent les poissons. On travaille jusqu’à 8 heures du soir, puis on décharge notre pêche, on dîne et on se couche entre 10 heures et minuit.

Unknown

Certaines années, on est sur le pont tous les jours s’il y a assez de poissons remontant les courants pour aller frayer. Mais, la plupart du temps, les jours de pêche sont échelonnés. L’industrie est bien gérée pour veiller à ce qu’il y ait encore des poissons à l’avenir. L’espace est assez étroit avec quatre personnes à bord. La cabine est relativement petite et le pont est réservé au travail. Mais on s’habitue à être toujours dans le passage de quelqu’un. Le plus important est de bien s’entendre avec son équipage. Trois mois sur un rafiot, c’est long et garder la tête en place est parfois plus difficile que le travail en lui-même. On a aussi des bateaux partenaires et on est une bonne bande d’amis avec lesquels on glandouille les jours de relâche quand on a terminé la pêche ou quand il faut réparer quelque chose, ce qui arrive fréquemment sur un bateau. Parfois on met les combinaisons pour plonger des falaises, faire du surf derrière le skiff, chercher des vagues, chasser les crevettes, pêcher des flétans ou d’autres poissons à la canne. On passe du bon temps, ce n’est pas comme la pêche au crabe pendant l’hiver.”

Un crow en Utah

Noah Wetzel

Alors qu’il était encore à l’université, Willie découvre la marque Black Crows grâce à un de ses colocataires qui a vécu à Chamonix et qui lui donne un contact. Désireux de trouver un nouveau sponsor, il trouve les bons interlocuteurs et réussi, de fil en aiguille, à intégrer l’escadrille. “J’ai toujours été assez curieux de ces skis qui ont un design et une silhouette intrigants. Je n’en avais quasiment pas vu en Utah et je me suis dit que ce serait une bonne opportunité de faire connaître la marque de ce côté-ci. Avec un peu de persuasion, ça a marché après avoir établi le bon contact aux États-Unis. Et franchement, je ne suis pas déçu. Black Crows fabrique des skis phénoménaux et défonce tout avec ses gammes. Je suis vraiment content d’être impliqué.” Armé de Nocta ou d’Anima, Willie continue de profiter des merveilleuses possibilités de l’Utah et de cette vie vagabonde dédiée à la glisse et à la liberté. “Je suis basé à Salt Lake City pendant l’hiver. C’est une ville intéressante, mais c’est surtout la bande de potes, la communauté de skieur et l’accessibilité à du super ski qui font que cet endroit est difficile à battre. Je n’arrête pas de dire que je vais bouger d’ici à mesure que la foule se densifie, mais c’est difficile de quitter cet endroit. J’aime aussi passer quelques mois dans le Montana. J’y apprécie le rythme de vie et les gens. C’est facile de se relaxer en buvant quelques canons… Peut-être que je rêve d’être ce cow-boy que je n’ai jamais été.”

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