Solstice : que la lumière soit.

L’oiseau 100% organique de l’extrême nord-ouest des États-Unis, coincé dans sa cabane en bois depuis maintenant 5 mois, privé de tout produit alcoolisés, avec pour seuls compagnons une mésange, la planète web et une paire de ski, nous relate une journée dans son univers solitaire des North Cascades. Là-bas, dans ces montagnes mystérieuses de l’extrême Amérique.

L’hiver est arrivé au seuil de la route nous offrant de merveilleuses sessions de ski.
Certains jours, tout s’enchaîne, clic et c’est parti, waouh !

Et puis d’autres comme aujourd’hui,
Le plus court de l’année,
Le solstice d’hiver.
Et ses ténèbres.
Je me suis levé à 05:15, très agité, quelque chose avec un rêve, la fin du monde et mon ancienne copine.
Ughh

Soleil en prévision, avec toute cette neige fraîche la journée est prometteuse. Je devrais bondir, mais quelque chose me tiraille. Ce mauvais rêve ne passe pas. Ni poêle ni étirements, rien pour m’éveiller en douceur à la beauté de l’univers. Mais plutôt des distractions… Facebook et Instagram qui vont détériorer ma matinée. Likes, nouveaux amis, nouveau post sur Trump, neige à Chamonix ? Merde, tout part en sucette et le mur se rapproche. À moins d’arrêter de faire des gosses. Je ne vois pas mieux.

L’heure tourne, il est temps de partir. Où sont mes chaussettes ? Je ramasse mon sac et enfile mes chaussures. Ais-je tout ? Après trois allers-retours dans la maison, je suis prêt à partir. Et merde, la remorque n’est pas attachée !

Voilà les abords de notre petite ville endormie, je m’arrête au stop, saute pour vérifier le bon arrimage de la motoneige. Un camion déboule plein gaz dans un bruit d’enfer. Salopard ! Espèce de gros porc de Trumpiste ! Whooo mec, modère tes ardeurs, tu conduis toi-même un V8 tractant une motoneige, quant au ventripotent conducteur de ce diesel, il pourrait bien te sortir du fossé un de ces quatre.

Remontant la vallée, le reflet du soleil dans la rivière gelé m’arrache la première étincelle de reconnaissance de la journée. Quelle chance d’habiter ici, dans l’un des derniers coins sauvages du pays… Et là, arrivé au parking, c’est le désastre. D’où viennent tous ces gens ? Mon positivisme fugace s’est envolé. Me voilà oppressé. Et ce mec sur sa machine qui vaut plus que tout mon attirail, pas même un bonjour. Connard !

Quand j’ai commencé à venir par ici, il y a quelques années. On était quelques potes à suivre les traces des skieurs nordiques avec nos alpines trekkers*. Ils nous prenaient pour des malades. Et puis doucement, la cohabitation s’est faite et on s’est rendu compte que l’on cherchait la même chose, être en montagne, libres d’être nous-mêmes. Et ils ont fini par nous accepter.

Je descends la motoneige, une vieille Polaris RMK de 1998 récupérée après le décès de mon pote Scott. Elle démarre au quart de tour, pétarade et crache un petit nuage, puis nous emporte, moi et la mémoire de mon ami vers les montagnes.

Les boules Quiès étouffent les rugissements du moteur tandis que le froid aigu me rappelle aux pionniers, ceux qui nous on montré la route. Peut-être qu’il est temps de prendre de la hauteur, d’accepter les nouveaux venus et de partager à mon tour.

Je finis par arriver à la jonction.
Les traces d’hier sont presque recouvertes. J’en ai pour 15 minutes. Avec le rythme, les endorphines commencent à faire leur effet. Me voilà à nouveau apaisé.

La paix flotte dans l’air. Mes jugements reflètent mes sentiments. Il y a tellement de beauté. Je lance une première courbe, nourrissant mon âme de l’énergie des montagnes.

La vie est pleine de virages en poudreuse et d’amis. Le soleil trône. C’est le solstice, le retour de la lumière et, avec elle, celui de notre rayonnement.

* Système de fixations de randonnée qui vient s’emboîter sur des fixations traditionnelles, c’est très lourd.

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