Mais tu n’as pas de plan ? Pour ta vie ?

Inéluctable. Pour celles et ceux qui ont la chance et l’audace de vivre des saisons dédiées au ski, accumulant les boulots transitoires dans la perspective de jouir d’une sensation de liberté totale, la répétition d’hivers frénétiques finit généralement par les acculer dans l’incertitude d’un avenir sans beat. Felix Olsson, perplexe sur sa capacité à retrouver la droiture du chemin tracé par sa condition, continue de palper la vie plutôt que de la fantasmer.

Les saisons changent de nouveau.
Les touristes vont et viennent.
Il n’y a pas si longtemps, j’étais encore comme eux. Grimpant aux Gaillands pour la première fois, voilà un siècle… Je n’y vais plus pour grimper mais pour jouer avec la pyrotechnie.
Maintenant, je monte et descends la route des Pècles, je monte et descends la rue des Moulins.
Montez, descendre, montez, descendre.
Chaque jour.
Ce fut un hiver magique mais il est déjà loin.
Je me rappelle les visites quotidiennes de mon frère. Lui aussi était venu habiter là.
Il est parti, la neige est partie, même Pär est parti… Lui qui tous les jours était là quand j’émergeais du lit, épuisé par une nouvelle nuit de débauche et d’alcool.
Seras-tu là l’hiver prochain ? Me demande une idole.
J’ai l’impression que je serai là pour toujours.
Mais tu n’as pas de plan ? Pour ta vie ?
Apparemment non.

Félix Olsson
Playing with fire

Deux frères

“C’est toujours la mélancolie, mec” dit-il.
Je souris.
Bordel, j’aime la nuit et la tristesse.
Je suis revenu de Stockholm pour acheter une voiture et mon meilleur pote m’a fait découvrir PNL. Je suis mordu. Ils sont si cool et si tristes.
Exactement comme moi, ah, ah !

Je me prépare à aller au boulot et je me demande quand mon frère va passer me saluer.
Et puis je me rends compte qu’il ne viendra pas.
C’est une conjonction marrante que cet album – dorénavant si présent dans ma vie – m’a été présenté par un frère, qu’il ait été écrit par deux frères et que j’attende mon frère.

Je n’achète pas de nouvelle voiture. Je garde la Saab. Trop de souvenirs. Je la conduis à nouveau jusqu’aux Grands Montets.

Félix Olsson
Grands Montets again

“Joyeux anniversaire”

Je me sens las.
Dans la pièce, l’ambiance est légère et je regrette déjà ce moment inévitable qui viendra l’alourdir, celui où j’annoncerai que je ne me joindrai pas à la fête qui submerge la rue.

Une partie de moi voudrait vraiment montrer à mes nouveaux amis que je suis un boute-en-train enthousiaste pour les soirées entre collègues. Mais j’ai déjà décidé de m’esquiver à la maison plutôt que de rejoindre la danse.
Et tandis qu’une nouvelle tournée se prépare, mon subconscient lève le nez de son cahier et me dit de me défouler un bon coup.
Sortir avec l’équipe ce soir ne va pas ruiner ta vie, non ?
Puis tout le monde se prépare à sortir.
Tu viens Felix ?
– “… Oui”
Nous sortons de l’immeuble et pénétrons la marée de corps en nage.

Je ne suis pas à l’aise avec ma décision. Mon subconscient m’a poussé à venir, une force mystique. Pourquoi ?
La musique est dure. Trop forte et provenant de trop d’endroits à la fois. J’aperçois un visage familier dans la foule.
Salut.
On commence à se parler (sachant que la musique empêche toute conversation convenable) et je suis sidéré par ce qu’elle me dit.
Mon subconscient reste interloqué.
Serait-elle en train de me brancher ?

Je ne pensais pas que ce jour arriverait ! Elle d’entre tous !
Le temps passe et je me rends compte que je suis sur le point de l’embrasser. Une fois chose faite, pour un instant, dieu existe.
Je la regarde. “Joyeux anniversaire”. Elle sourit.

Félix Olsson
The Pulsating Mass

Sexe, argent, sentiment, mort.

J’écris chaque jour dans mon carnet.
J’ai décidé de me mettre en retrait des réseaux sociaux. Ça m’attaque le cerveau. J’ai l’impression de me transformer en cadavre.
Parfois, je dois quand même aller en ligne pour des raisons professionnelles.
Un jour, je tombe sur un papier écrit par une amie. C’est une sorte de méditation sur trois jours qu’elle vient de passer à lire quatorze années de son journal intime.
Elle met beaucoup de choses en lumière et réussit à bien résumer des périodes de sa vie.
Je décide de relire mes anciens carnets et comprends que mes mémoires peuvent être divisées en quelques intentions.

Le sexe.

L’argent.

Les sentiments.

L’incertitude.

…Tout un programme.

Félix Olsson
Feeling like a corpse

Comme de petites étoiles

“Continuer à écrire mon dégoût de la commercialisation du trail n’aurait rien de surprenant,” notai-je dans mon carnet. “Je suis donc ravi de décrire mon émerveillement de la nuit dernière, quand je me suis mis à regarder des centaines de coureurs terminer le parcours en descendant les ultimes pentes raides de la face nord. Au beau milieu de la nuit, c’était comme de petites étoiles à travers la forêt.”

Cette ville a de sérieux problèmes quand il s’agit de surconsommation. C’est loin d’être durable. Pourtant la nuit dernière, je n’ai pu m’empêcher de ressentir de l’amour pour ces coureurs qui approchaient de la ligne d’arrivée.

Je décide de partir courir dans leurs pas, bien aise de cette perception d’unité.

Félix Olsson
The perceived unity

Félix Olsson
As little stars

Pas besoin d’aller à Cervinia

C’est l’été à Chamonix et je n’en ai pas fini avec le ski.
“Ça intéresse quelqu’un de rouler jusqu’à Cervinia pour skier sur le glacier demain ?” Interrogeais-je mes amis assis autour de la table.

“Absolument pas,” disent-ils d’un seul homme. Merde. D’accord.
Et je continue à ne pas y aller moi-même, week-end après week-end, certain que ce trip ne doit pas se faire seul, mais en compagnie de bons potes.
Et pourtant je n’ai toujours pas rangé le matos de ski et il est là qui continue à me faire de l’œil.
L’attaque en meute du glacier ne se produisant pas, je décide de me concocter quelque chose de plus solitaire, un plaisir rien que pour moi.
“Bon courage, hein” me crient-ils depuis Plan Joran.
Merci yo.
Je dépasse Bochard, cette vieille connaissance, avant de m’arrêter.
Je ne suis pas trop chaud pour traverser le glacier en maillot de bain, casquette et Corvus Freebird.
La descente est une piqûre de rappel de ce qui me retient ici.
Pas de plan pour la vie, on s’en tape.

Félix Olsson
No plan for life

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