Loser : Un voyage nostalgique

Le crow Robert Maruna revient sur un week-end de grand ski dans une petite station. L’occasion de partager une certaine vision du ski, comme d’aller là où les autres ne sont pas. La liberté c’est aussi de ne pas suivre le mouvement, d’aller à contre-courant si votre intuition vous le dit. Au cours du pauvre hiver 2017, Robert et son ami photographe Simon Van Hal ont vécu des journées épiques à Loser, modeste joyau de l’Ausserland autrichien, tandis que la plupart des grandes stations faisaient chauffer les canons à neige.*

*Article paru dans le magazine Downdays, hiver 2018.

Un samedi matin de janvier 2017, Simon et moi pénétrons sur le parking de Loser. Je ne sais pas si c’est mon côté groggy matinal ou les épais murs de neige, mais je ne vois pas plus de quatre véhicules autour de nous. 40 cm de neige sont tombés pendant la nuit et les nuages persistent dans leur générosité. Premier café, les remontées ouvrent dans une demi-heure. On enfile péniblement les chaussures de ski, le vent et la neige sifflent dans nos oreilles. Il fait super froid – un miracle que ma voiture ait démarré ce matin. On est chaleureusement accueilli dans le petit bar qui borde les remontées. L’expresso a la bonne saveur – ce qui n’est pas toujours le cas dans les stations en dehors de l’Italie. Les flocons tombent derrière les fenêtres, et je prie Dieu pour que les remontées sous les arbres puissent ouvrir.

Simon Van Hal
simon-vanhal.com

Loser – une station de 1 838 mètres d’altitude dans le nord-ouest de la région Steiermark – a bénéficié de plusieurs belles tempêtes de neige venues du nord. À la fin de l’hiver 2017, elle comptait parmi les stations les plus enneigées des Alpes, exceptionnels pour Loser. Quelle chance que ce coin calme des Alpes soit l’un de mes terrains de jeu. Simon me tire de mes pensées, le Loserfenster restera fermé mais le Loserjet 1 et le Sankingjet ouvriront. 500 mètres de dénivelé de pur ski dans les arbres rien que pour nous ! Une des raisons pour lesquelles je n’ai pas de job standard, pas la pire des raisons non plus. 16 h 45 retours à la voiture, l’adrénaline vibre encore dans nos veines, on rit comme des gosses. On fait le plein avant de rentrer, diesel pour la voiture et double expresso pour le conducteur afin de lutter contre la fatigue à venir. Simon s’endort après un demi de bière et je me perds à nouveau dans mes pensées.

Simon Van Hal
simon-vanhal.com

Les chutes de neige ont cessé dans la nuit et le soleil du dimanche matin réchauffe nos corps fatigués à travers le pare-brise quand nous arrivons sur le parking, et le rituel recommence : chaussures, matériel et expresso avant que la foule n’arrive. Mais surprise : aucune foule n’arrive. Il n’y aura que crew local de Sebastian Hirshe et quelques randonneurs pour partager la montagne avec nous aujourd’hui. Depuis les sièges du Loserfenster se dévoile une vue à faire bondir le cœur des amoureux de la neige. Des windlips à perte de vue, pleins de barres à sauter, le tout dans une poudreuse brillante et légère à hauteur de hanche. Fin de la remontée, le bruit des câblages me sort de mes rêveries. On doit faire un choix : se lancer à droite dans le raide vers le réservoir, ou faire quelques runs tranquilles d’échauffement sur la gauche. Le passage menant à droite arbore une grosse fracture du manteau neigeux et, puisque Simon et moi ne voulons pas faire les gros titres des journaux locaux, nous optons pour la gauche. Les autres souvenirs se sont perdus dans des nuages de poudreuse et, si Simon n’avait pas pris de photos, tout cela aurait pu demeurer à l’état de rêverie. Quand on poursuit nos rêves assez longtemps, on trouve un endroit où se rencontrent illusion et réalité. Loser est un de ces endroits.

Loser: loser.at
Robert Maruna : robert@maruna.at
Simon Van Hal: http://simon-vanhal.com/

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