Les périples de Felix

Que faire une fois les skis au placard ? Arrivé cette année à Chamonix, le Suédois Felix Olsson se familiarise avec la montagne estivale et nous entraîne dans sa quête exploratoire du milieu chamoniard. Première partie, la varappe.

Entre hiver, été et hiver.

Quelques mois plus tôt, je descendais la piste de Bochard au beau milieu d’un printemps délicieux.

Je pris à droite en direction de la Pierre à Ric que je considère comme la meilleure piste de la vallée. Je bondissais, virevoltais et m’éclatais entre les innombrables obstacles de neige (la Compagnie du Mont-Blanc avait fermé la piste et lesdits obstacles grossissaient chaque jour davantage), au cœur de ce qui aurait pu constituer la scène d’ouverture d’un article que j’aurais écrit pour le blackmail.

Je pensais toucher là une véritable raison de vivre : le vent, la vitesse, le Zen ! Skier est une belle manière de vivre le moment présent.

Oh Pierre à Ric, tu es magnifique !

“Lointain”, voilà ce qui me vient à l’esprit quand je pense à cette sensation de vitesse tandis que mes pieds reposent sur, ben, disons rien, un mètre au-dessus de ma dernière dégaine, elle-même située quelque 25 mètres au-dessus du sol du rocher d’escalade des Gaillands.

Comment diable ai-je atterri ici ?

Chaque soir, sur le chemin séparant mon domicile de mon lieu de travail, je voyais les snowboards, skis et bâtons disparaître des vitrines pour laisser la place à des dégaines, baudriers et cordes. Me voilà désormais parmi ceux qui ont pris la décision de faire de l’escalade leur activité principale de l’été.

C’est la première fois que je vais passer l’été dans les Alpes et l’escalade m’a semblé une excellente opportunité de sortir de ma zone de confort pour plonger dans une nouvelle aventure.

Évidemment, une petite voix me dit, alors que j’essaye de ne pas penser à la distance de mon éventuelle chute, que mes pieds sont en train de glisser. Il n’y a pas beaucoup de vitesse à savourer ici. Quant aux obstacles de neige, ils ont été remplacés par des trucs bien plus solides, mais je m’obstine à expérimenter ce nouveau jeu de sensation dans cet endroit primitif.

L’hiver dernier, chaque fois que je rejoignais la Mer de Glace avec ma bande de potes après une longue journée passer à skier l’Aiguille, j’éprouvais un sentiment de soulagement et d’achèvement. Voilà, me disais-je, le plus difficile est derrière nous, bientôt nous serons aux escaliers.

J’adore ce sentiment ; il me permet de rester en contact avec la dangerosité des montagnes et me rappelle à quel point elles méritent notre respect.

J’éprouve parfois le même genre de sensation quand j’atteins un spit – mais c’est beaucoup plus fréquent car cela peut se produire plusieurs fois au cours d’une même ascension.
Il n’y a pas de sensation de vitesse, mais le risque est bien là.
Et voilà le Zen ! La maîtrise de soi, la concentration, la connexion avec tout qui est autour de soi…
Et puis la routine de regarder vers le haut de la voie (plutôt que de regarder vers le bas) afin d’y déceler les passages propices aux pauses, mais aussi les difficultés et les dangers.
Le contraste est intéressant et je peux même le ressentir dans mon caleçon ! Yay, Vitamine D !

Je saisis les prises et regarde autour de moi… Les Gaillands… Un véritable cadeau.
Quel bel endroit pour s’initier à cette activité qui forge l’identité de la vallée.
Certes, il y a parfois trop de monde et certaines voies peuvent être patinées, mais je choisis de voir la beauté dans tout ça.

Se lever tard, appeler des amis et leur demander : “Rendez-vous à la boulangerie et on part grimper ?”
… Rien à voir avec les matins blêmes devant la gare de l’Aiguille.
Bientôt, on sera aux escaliers.

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