El camino real

Balade à travers les contreforts des Pyrénées espagnols, Bruno Compagnet nous fait partager son amour des vieux clous et des routes aragonaises.

Regard vagabond sur une région qui a traversé l’histoire et qui a beaucoup plus à offrir que ses canyons, ses églises médiévales et ses gâteaux trop sucrés aux amandes…

Elle s’étend, longue et sinueuse dans la chaleur printanière des sierras Aragonaises. Elle est synonyme de commerce et d’échange. Les Maures ont vu ses terres fertiles inondées de soleil. Ils ont vu la vigne, les amandiers, les oliviers et les champs de céréales, nourris par les rios aux eaux turquoise et tumultueuses. Ils s’en sont emparés. Mais l’histoire est une chose étrange et aussi tortueuse que cette route qui se renouvelle à chaque virage, à chaque col et qui semble ne jamais vouloir finir.

En été, cette terre est plus brûlante que l’enfer, mais c’est aussi la saison des canyons et il y a du monde. Mais pour l’heure, la Sierra est redevenue une des zones avec la plus faible densité d’habitant au kilomètre carré d’Europe.

Entre le secteur de l’Ainsa et celui de la Sierra, les Espagnols se sont vraiment donné du mal pour tracer, défricher, remettre en état un réseau de pistes et de chemins qui vous feront traverser des zones magnifiques. Des cartes sont à votre disposition pour quelques euros et on en trouve même des gratuites pour la sierra. Descentes, enduro, cyclo-cross, vélo de route, des circuits qui vont de la petite ballade familiale aux grandes boucles avec un dénivelé conséquent. Des parcours sublimes entrecoupés de canyons où l’on peut se baigner.

Face à une côte, il y a le chalenge et le défi, il y a aussi un cycliste qui pédale et gère son effort pour ne pas mettre pied à terre. Parfois plein de volonté et d’énergie, parfois harassée et prêt à jeter l’éponge. Mais quelle importance puisque personne ne le voit à part les oiseaux qui chantent tout le long de la ballade. Quand ça ne marche pas, je m’engueule et, plus loin, je rigole de ma folie. Au sommet de la pente, c’est l’inconnu : faux plat, descente ou nouvelle montée à laquelle il faut faire face. Ce jeu est sans fin et je l’aime dans sa globalité. Descentes, montées, pistes poussiéreuses, recherche d’équilibre et choix de parcours… Afin qu’effort et plaisir s’accordent pour exalter ma sortie.

Il y a aussi mon vélo, je devrais dire mes vélos parce que je commence à avoir de sérieux problèmes de stockage. Mais là aussi les choses évoluent. Depuis pas mal de temps, je tends vers la simplicité et la fonctionnalité. Je ne laisse plus personne m’expliquer ce qui me convient le mieux pour rouler. Je n’ai pas besoin d’un tout suspendu avec de gros pneus ou des diamètres de roues différents pour avaler des kilomètres de routes et de pistes désertes. J’ai une grande passion pour les cadres acier, les vieux VTT et les vieux vélos de course. J’aime les trouver et les remettre en état car ce sont souvent de belles et simples mécaniques.

Mais ce que j’aime le plus, c’est m’en servir. C’est une grande satisfaction, mais aussi une découverte. Il y a quelques années, je roulais en Sierra avec un enduro. Je ne parcourais pas un quart de ce que je peux faire aujourd’hui avec un vieux vélo de course équipé de bonnes jantes en 700 et de pneus de 35. Quand la route est en légère descente ou que la piste est bien lisse, là où je me sentais scotché avec de gros pneus, j’ai parfois la sensation de voler. Cela dit, ce type de vélo est forcément limité sur un sentier accidenté.

Je comprends parfaitement le plaisir de rouler avec un vélo moderne pour profiter des beaux singles track (sentiers descendants ou traversants dans les massifs montagneux, NDLR) ; mais je ne suis pas sûr de revenir à cette pratique. Chacun a son propre cheminement, l’essentiel est de s’éclater.

Bruno compagnet le 17 mai 2017

Bièrge. Sierra de Guara

Translation : Paul MCKeen

 

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