Liv et le vêtement technique : 4 à la suite

La crow funambule Liv Sansoz (on prononce le z, contrairement à Avoriaz) a participé au développement de notre toute nouvelle collection textile technique. Une réinvention cette année, puisque toute la gamme a été reconstruite sur des choix de matières et d’approvisionnement. Pour nous, une révolution, pour Liv qui l’a vécu de l’intérieur, un procédé complexe, qui passe par 4 grandes étapes, qu’elle nous détaille ici avec sa vision de skieuse engagée.

photo @julienregnier

1. Définition : cahier des charges et recherche.

« Qu’est-ce qu’on veut faire? Comment? On ne conçoit pas une salopette ora dédiée au big mountain comme une veste doublée ferus qui s’oriente vers la station et le ski all terrain. Pour la collection de cet hiver, il y avait à la base cette envie de produire et sourcer les matières en Europe. Cela excluait les membranes habituelles (produites en Asie) et il fallait donc aller chercher d’autres matières. Cette étape est la plus longue de tout le processus, car il faut trouver les matières qui marchent avec l’esthétisme blackcrows tout en respectant un aspect fonctionnel très important.

L’équipe produit a été voir de nombreux fabricants, et les plus intéressants sont venus à chamonix au chalet blackcrows. C’est là que j’ai pu les rencontrer, avec leurs échantillons, et les écouter parler de leurs produits. Dans son bureau, Noémie (la chef de produit textiles) a de nombreux classeurs avec tous les différents tissus, membranes, mailles, stretch etc.

Au final, 3 ou 4 fournisseurs différents ont été retenus, dont Polartec pour l’isolation, et BenQ, pour ses membranes Xpore.

À la fin de cette étape, on a un cahier des charges fonctionnel, c’est un document technique qui liste les fonctions et les caractéristiques par type de produit. Par exemple on veut une poche forfait (fonction) qui sera une poche zippée sur le bras gauche (caractéristiques techniques), ou encore une membrane imper-respirante (fonction) en Xpore 20000/20000 (caractéristiques techniques). On a ainsi une idée globale et précise de tout ce qu’on veut pour le produit et les matières utilisées. »

délais : 2 à 3 mois.

camp de base 1 : cahier des charges fonctionnel.

photo @lubaki.fr

2. Design : établir la silhouette.

« On rentre dans cette étape en parallèle de la première, ce n’est pas totalement séquentiel. C’est ici que Yorgo (le directeur artistique de blackcrows) et l’équipe des stylistes sont particulièrement sollicités (ils sont intervenus avant, car leurs choix impactent aussi le sourcing). On a vite accès à des croquis très simples, que Noémie m’envoie pour me demander où placer les zips et poches, par exemple. On doit décider si on fait des fermetures toutes longueur ou 2/3, si on aura des guêtres sur les pantalons, etc.

Yorgo, Camille et Christophe (fondateurs de blackcrows) interviennent régulièrement, en même temps que l’équipe produit dirigée par Noémie (qui est vraiment orientée «design») et Kenji (qui est le chef de produit global chez blackcrows, avec une vision très «ingénierie»). C’est là qu’on se rend compte que blackcrows est vraiment une histoire de famille, de «potes qui font la marque». Il y a aussi Anthony Boronowski, le designer de cette collection, qui rejoint les débats en visio depuis les US pour apporter sa vision, en tandem avec Noémie.

On discute beaucoup tous ensemble, et à la fin de cette étape, on a des dessins finalisés et des patrons à envoyer à l’usine. »

délais : 1 à 2 mois.

camps de base 2 : dessins et patrons finalisés.

photo @julienregnier

3. Échantillons : premiers essais terrain

« J’ai reçu mes premiers produits test en novembre ou décembre, et j’ai fait toute ma saison d’hiver avec la tenue freebird xpore que j’ai pris en main à ce moment-là. J’ai aussi reçu la ferus fleece et la freebird expe down jacket en janvier.

À ce moment-là, je suis vraiment au cœur de mon travail pour la marque. J’utilise les produits tous les jours en montagne, je ride avec et je me fais des tas de notes : « la matière est bien » ou « trop fragile», « ça prend l’eau ». Savoir si la nouvelle membrane respire bien prend plus de temps, car au cœur de l’hiver il fait très froid, ce n’est que plus tard dans la saison que je peux vraiment tester si ça marche ou pas en conditions plus chaudes. Comme j’avais des soucis avec une membrane, Noémie a fait coudre une veste chez Green Wolf à Servoz, un produit très simple, avec juste un zip devant, sans même des élastiques aux manches, pour vraiment faire un essai matière grandeur nature. Ça m’a permis de valider ce que j’avais ressenti, la membrane respirait mieux dans cette configuration et elle était plus silencieuse. On a pu se rendre compte que c’était la doublure qui était responsable de mes problèmes.

photo @fabian_bodet

Sur les doudounes, il y a eu des coutures qui n’allaient pas, un pli de poche intérieure à changer, sur un pantalon 1cm à rajouter en bas de jambe pour que ça passe bien par-dessus les chaussures de ski, tous ces petits détails que tu ne vois qu’en portant les vêtements en conditions réelles, en les emmenant faire le plus de ski et de montagne possible.

On a aussi eu des journées dédiées au patronage avec deux personnes extérieures qui viennent exprès au chalet depuis Annecy pour vérifier tout ce qui doit être changé. Deux mannequins portent les tenues, et on leur tourne autour. Tout est repris et noté, les plis, le feeling, etc.

Mais le plus intéressant pour moi c’est vraiment dans la pratique, quand tu te rends compte que la poche DVA fonctionne bien, est facile à ouvrir, mais que par contre le zip de côté ne fonctionne pas (on l’a remis sous les bras), ou qu’on a oublié un curseur sur une fermeture.

Le 2ème proto, encore plus abouti, arrive juste avant l’été, c’est vraiment sur celui-là qu’on valide la production. »

délais : 5 à 6 mois.

camp de base 3 : échantillon finalisé, prêt à la production

photos @fabian_bodet

4. Production :

« C’est une étape qui se fait en été et sur laquelle je n’ai pas d’interventions, car là c’est parti et il n’y a plus grand chose à faire en tant que skieur, sauf attendre. Quand on réceptionne les produits début septembre, c’est l’excitation avec un peu de stress, on vérifie que les logos sont au bon endroit, que tu ne casses pas la fermeture éclair à la première ouverture, mais globalement les dés sont jetés, s’il y a un problème à ce niveau, c’est toute une ligne de produits qui disparaît, et les assurances qui entrent en scène, sauf à arriver à produire en urgence pour être en magasins avant la mi-octobre. »

délais : 2 à 3 mois.

sommet : les tenues prêtes à envoyer dans les magasins!

photos @lubaki.fr

En tant que skieuse, mon rôle c’est d’accompagner le processus à chaque étape, car j’ai toujours des choses à apporter. Mais surtout de voir la vision des designers et y incorporer mon expertise technique (sur le placement des poches par exemple). En utilisant les produits tous les jours, je me rends aussi compte des aspects usure et fonctionnalité. En fait c’est assez facile de voir ce qui marche ou pas.

Pour bien faire ce boulot, il faut surtout s’intéresser au matériel, à ce que font les autres marques, c’est quelque chose que j’ai toujours aimé faire. Pour moi c’est super intéressant quand tu pratiques et que tu as envie d’avoir des choses qui marchent.

Et maintenant il va bientôt être temps d’aller skier tout l’hiver avec cette collection, et ça, c’est la meilleure des gratifications ! En vol !

photo @fabian_bodet

 

propos recueillis par @mathieuros

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