Kristofer Turdell est champion du monde : l’anima trouve son animal

Kristofer Turdell remporte le Freeride World Tour avant la finale de Verbier et se blesse pour faire bonne mesure.
Il aura fallu attendre sa troisième saison sur le circuit FWT pour voir Kristofer remporter le championnat du monde. Impatient, il a tué le suspens dès l’avant dernière course à Fieberbrunn en Autriche, ses concurrents directs ayant été trop inconstants sur l’ensemble de la saison. Sans une once de favoritisme pour un gars qui utilise des anima pour dominer sans partage ce championnat, notons qu’il aurait pu glaner le titre dès la saison dernière, s’il n’avait fait un petit rattrapage sur un ski après avoir sauté un discourtois gros caillou posé sur sa trajectoire. Cette année, il a clos les débats avant la finale de Verbier, empêchant toute déconvenue. Néanmoins, il n’a pu célébrer son titre avec un run sur le bec des Rosses, l’animal suédois s’étant blessé au genou en pratiquant le ski loisir.

Mais cessons la réclame pour interroger le type sous la couronne, celle-là du reste, qu’il a reçu claudiquant à Verbier.

 

Black crows : Qu’est-ce qui s’est passé avec ton genou ?

Kristofer : Je me suis cassé le plateau tibial au moment le plus insoupçonné, en skiant avec des potes sur des pentes tranquilles. Comme souvent, ça arrive quand on s’y attend le moins.

Black crows : Si l’on revient sur l’an passé, quand tu as perdu le titre sur ce petit déséquilibre en réception, est-ce que ça t’es resté en travers de la gorge ?

Kristofer : Oui bien sûr que c’était frustrant, mais les marges sont si petites entre les skieurs que la moindre erreur coûte cher. Mais je voulais vraiment m’exprimer sur un run complet à Verbier car la compétition avait été annulée l’année précédente. Bon maintenant, il va falloir que j’attende encore.

Black crows : Comment est-ce que tu t’es préparé et comment te sentais-tu à l’approche de cette saison ?

Kristofer : L’expérience accumulée lors des années précédentes est importante, mais sinon j’essaye aussi de pratiquer plein d’autres sports pendant l’année. Il faut connaître ses limites et pousser au plus près sans faire la moindre erreur. Et puis la clef c’est d’être constant sur la saison pour rester dans les points.

Black crows : Tu pourrais nous faire un petit résumé des différentes étapes de la saison ?

Kistofer :
Japon : Annulée à cause des conditions, d’une accumulation de neiges différentes et donc d’une mauvaise cohésion du manteau associé avec une mauvaise visibilité. Alors on est parti sur l’étape canadienne où on a pu avoir deux compétitions en deux jours.

Canada 1 : La visibilité allait et venait donc c’était difficile de bien inspecter la face et comme elle était assez courte, je n’arrivais pas à trouver une ligne qui m’enthousiasmait. Je n’étais pas satisfait après la course, alors je peux mettre ça sur le dos de cette petite face ou sur ma petite forme.

Canada 2 (en remplacement de l’étape du Japon) : Je me sentais un peu nerveux vu qu’on avait couru la veille. Alors une fois terminé le premier, il a fallu inspecter le deuxième run et ça a été dur de bien se concentrer. Mais la neige était excellente, il faisait beau et j’ai été ravi de ma troisième place.

Au final j’ai passé un super moment au Canada avec du super ski et ma première ligne de pillow (descente qui consiste à sauter d’une accumulation de neige sur l’autre à travers des formations rocheuses en escalier, NDLR). Donc j’étais quand même super content de cette étape.

Andorre : Je suis arrivé quasiment dix jours avant la course. C’est un chouette endroit et on s’est bien éclaté à skier. Et puis c’est agréable de ne pas trop voyager entre les étapes. Il a fallu attendre le tout dernier jour de la fenêtre météo pour que la course ait lieu à cause des conditions et de l’accident tragique qui a coûté la vie à un guide. Et puis quand la compétition a finalement eu lieu, le ciel s’était levé et on a eu suffisamment de temps pour bien inspecter la face. Je me sentais en confiance et j’avais un bon plan d’attaque. Il fallait donc juste s’y tenir et bien le poser et tout c’est bien passé. Au final ce fut un des meilleures run de compétition que j’ai jamais réalisé.

Fieberbrunn : Juste après la remise des prix en Andorre, on savait qu’on devait se rendre rapidement à Fieberbrunn donc a pris la route et conduit jusqu’à Chamonix pour y passer la nuit avant de repartir pour l’Autriche le lendemain. On a donc conduit 16 heures pour arriver à temps pour l’inspection de la face et pour courir le lendemain. C’était donc assez stressant et c’est là que l’expérience accumulée et l’habitude de passer d’une étape à l’autre rentrent en jeu. Ce fut une étape assez difficile car il y avait des changements de neige constants. Cela passait de la poudre à de la glace, puis de la croûte à de la neige fondue. J’étais content de ma course et lors de la cérémonie des prix, l’organisation m’a annoncé que j’avais gagné le titre. Un sentiment incroyable.

Marcus Olsson / Red Bull Content Pool

Black crows : Alors quand Markus Eder a raté sa réception sur son premier gros saut, tu n’as pas compris que tu ne pouvais plus être rejoint ?

Kristofer : Non, je savais que j’étais en bonne position, mais je n’avais pas la moindre idée que cela pouvait se conclure à Fieberbrunn, alors ce fut une très belle surprise. C’est difficile de juger la descente des autres sachant que vous n’avez pas vu la vôtre et que les skieurs font de super runs.

Black crows : En Andorre, il y a eu cet accident tragique avec le décès du guide Borja Ayed Capillas en inspectant la face deux jours avant la compétition. Comment les riders et l’organisation ont réagi ?

Kristofer : Tout le monde était évidemment très choqué par ce qui est arrivé. Malheureusement, a réagi très professionnellement et on a pu se recueillir tous ensemble, avec la famille et les amis. Puis on a tous couru avec un brassard noir au souvenir de Borja.

Black crows : Et toi, comment as-tu vécu avec cela le jour de la compétition ?

Kristofer : C’est bien sûr quelque chose que l’on emporte avec soit et on est dans un état mélancolique. Mais au final, nous aimons tous la montagne qui nous accable parfois mais qui nous donne tant de bonheur. Et personnellement, je pense qu’il est préférable de retourner là-haut et de faire vivre les choses de la vie.

Black crows : Il s’agit de ta deuxième victoire en Andorre et tu as aussi terminé second là-bas l’an passé. Comment expliques-tu une telle domination sur cette étape ?

Kristofer : J’aime l’Andorre, le terrain de jeu, les gens et tout ce qu’il y a autour. Et je pense que le ski s’en ressent quand on a le temps de se préparer et de bien se chauffer sur des pentes alentour avant de courir.

Marcus Olsson / Red Bull Content Pool

Black crows : Maintenant que tu as tout gagné, le FWQ (tour qualificatif) et maintenant le FWT lors de ta troisième saison, est-ce que tu as d’autres défis ?

Kristofer : J’aime la compétition, elle me pousse à me dépasser pour atteindre de nouveaux paliers. Et puis j’adore voyager à travers le monde et rencontrer de nouvelles personnes, alors j’ai envie de continuer. Pour l’instant, mon objectif est de soigner cette blessure et de retourner en montagne. Une fois là-haut, il sera temps de faire le point.

Black crows : Je crois que c’est un de tes amis qui t’a inscrit la première fois à une compétition de freeride sans te demander ton avis. Maintenant il doit en rire…

Kristofer : Oui c’est vrai, ce sont deux de mes amis, qui m’ont inscrit à la Scandinavian Big Mountain Championships de Riksgränsen. Oui c’était très sympa et très intimidant de voir tous ces skieurs avec les fringues de l’année prochaine. Alors j’ai emprunté le blouson de mon père et j’ai fini deuxième. On est toujours amis, c’est une chouette histoire et je les remercie beaucoup.

Jan Bonetti

Black crows : Comment as-tu accueilli le titre, C’est un rêve qui se réalise ou tu as juste le sentiment d’avoir fait le boulot ?

Kristofer : Depuis que j’ai fait une bonne première course sur le FWT, je savais qu’avec de l’entraînement et de la persévérance, je pourrais atteindre le haut du classement. Alors avec ce rêve dans ma tête depuis trois saisons, c’est vraiment une super sensation d’avoir réussi.

Black crows : Quelle est la suite des évènements. Tu soignes ta blessure et après, tu repars à la mine (Kristofer travaille l’été dans des mines) en Suède ?

Kristofer : Ouais, pour l’instant je suis à Verbier pour voir tous les autres skieurs se mesurer au Bec. C’est toujours sympa d’être ici, même si je préférerais pouvoir aller skier tous les jours. Je me concentre sur ma jambe en espérant récupérer aussi vite que possible. Je n’ai pas encore fait beaucoup de plans pour cet été mais j’ai acheté un nouveau VTT ! Et puis je n’ai pas de boulot universitaire, lire des livres, profiter de l’été. Et puis peut-être qu’il faudra que je retourne un peu au charbon…

Black crows : Alors, tu vas rester avec black crows ou les rapaces planent ?

Kristofer : Ah ah, puis-je rester ? C’est toi qui es dans les murs ! D’habitude, je me fie à l’adage : “Ne jamais changer une stratégie gagnante”. Et puis quelqu’un a dit qu’il y avait deux clefs du succès : premièrement, ne jamais dire tout ce que l’on sait…

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