WOLF, un hiver avec Sam Favret

L’hiver dernier, notre crow Sam Favret avait une priorité : son diplôme de guide. Il a validé deux longs stages, essuyé deux mois de formation intenses, et depuis septembre il est aspirant guide « 3ème tronçon », ce qui lui permet de travailler d’ores et déjà sans trop de limites en montagne.

Mais il tenait aussi à cœur à cet amoureux de belles images d’aller chercher un nouveau projet original, et de mettre tout en place avec son équipe pour arriver à boucler un projet sur ses nouveaux skis.

« Je ne me suis pas lancé dans un trop gros projet car je savais que je n’aurais pas assez de temps, et surtout de disponibilité d’esprit »

Avec un hiver particulièrement peu convaincant à Chamonix et dans les Alpes, le pari fait rater deux grosses chutes de neige, mais permet aussi à l’équipe de se reposer.

« FLOW c’était à la limite de ce qui est possible avec nos moyens financiers et la météo, difficile de faire beaucoup mieux si on n’a pas plus de moyens ou plus de temps. » raconte Maxime Moulin, à la caméra et à la production.

Sam rajoute : « Mon but c’était de rester autour de la maison pour une première année avec blackcrows, je trouvais ça logique. » Mais mi-février, sans images dans la boite, avec toujours un anticyclone insistant et des conditions de base critique, il est temps de bouger.

Une équipe soudée

Avant de partir à la chasse à la poudre, revenons sur l’équipe qui travaille avec Sam.
Du solide. Que des anciens. Ça fait 15 ans que Sam bosse avec la même team, ou presque. Des potes plus que des mercenaires. Il y a Max Moulin à la production et au montage, Hensli Sage au drone, Fabian Bodet à la photo, tous des perfectionnistes formés à l’école Favret, ou l’inverse. La plupart ont vécu longtemps avec Sam en coloc à Chamonix, ce qui a façonné un rythme de travail et une certaine idée du but à atteindre.

« Quand on rentre bredouilles on est déçus et on n’a qu’une envie, y retourner pour faire mieux. »

« Ce qui nous motivait tous, c’était de refaire quelque chose avec tous les copains. » raconte Max. C’est cette équipe soudée qui se rend en Autriche fin février, sur un coup de tête, un peu dernière minute, en suivant le front d’une tempête qui annonce de la belle neige.

Double but à l’autrichienne

Si on est moins productif à l’extérieur qu’à domicile (la connaissance du terrain est clé), cette première fois dans l’Arlberg, près de St Anton, est une belle découverte. Très accessible en rando, le terrain est d’autant plus apprécié que les locaux viennent en soutien, et en bonus l’équipe fait la jonction pendant 2 jours avec Nikolai Schirmer et Joonas Mattila, son caméraman/pilote de drone (« un bon soldat, expérimenté, qui avance bien », selon Sam), qui connait un peu le spot. « Cette rencontre avec Niko a fait du bien à Sam, ça lui a reboosté le moral, ça l’a poussé à skier plus fort » se souvient Max.

« On a pris un gros but là-bas. On se dirigeait des faces esthétiques orientées est, mais elles avaient pris un coup de chaud pendant la montée. Pourtant on était partis tôt, mais avec une sorte de brouillard humide, des bruits de couloirs qui purgent (ceux qu’on voulait skier), bref hostile. »

« On avait un plan B, on est redescendus, on a pris les voitures, on est remontés à Sonnenkopf, une vraie station de snowboarders qui construisent des kicks dans tous les sens. On a réussi à arriver à temps là où on voulait mais, après une petite marche sur la crête en haut du dernier télésiège, on tombe sur Sam Anthamatten et une équipe de The North Face. Autant dire qu’ils ont défoncé la face. Il y a des jours où ça ne veut pas. »

Le Yin et le Yang

« L’idée du titre a germé dans mon bureau, » raconte Max. « J’avais des affiches de FLOW chez moi, je les regardais à travers une vitre, et je me suis dit WOLF, on retourne tout le concept de FLOW. Flow était magique, enchanté, avec Sam tout petit dans un paysage immense. C’était aussi très mécanique, cinématique, avec l’utilisation de drones rapides qui suivaient sa trace. Ici c’est un peu le ying et le yang, on montre une face plus sombre, Sam occupe souvent tout l’écran, avec cette voix intérieure gutturale (l’infatigable Bird). »

Là où Flow vantait un retour à la nature à l’état sauvage, WOLF est dans l’introspection d’un skieur qui se cherche. Plus abstrait, Plus conceptuel, Max s’amuse au montage et à la post production, avec un parti pris de proposer un quasi noir et blanc. « On a eu l’idée assez tard avec Fabian Bodet, et on s’est aperçus que ça nettoie vraiment le coté pas très propre de certaines faces ».

La voix off est inspirée par des paroles de chanson, « comme du Noir Désir » dit Max, « des suites de mots qui évoquent des images ». C’est le fruit d’un gros travail avec le crow Michael « Bird » Schaffer, « j’avais besoin d’entendre sa voix pour compacter, entourer les images avec, » explique Max. Après l’ambiance sonore très élaborée de Flow (une musique de Tristan Bres avec des arrangements de Mix & Mouse), la voix est ici mise en avant avec sa capacité poétique, un peu mystique, pleine de double sens et de sous-entendus.

Du bon et du terrible à Chamonix

L’équipe a profité d’une seule vraie belle semaine en février, « heureusement qu’on était là le jour J car la veille c’était pourri et le lendemain pareil. Il fallait vraiment être sur place, ce qui est compliqué quand tu as peu de temps. »

« J’ai vécu le meilleur et le pire au même moment,» raconte Max. Sam venait de finir sa session de guide, l’équipe reste en bas à filmer dans la forêt, mais Sam sent que ça va s’ouvrir, et emmène tout le monde à sa suite. « On était les premiers à l’Aiguille du Midi, les premiers dans le Grand Envers. J’avais rarement shooté des images avec autant de neige. Le pire c’est que j’ai tapé une dalle et perdu un ski qui a dévalé le couloir. »

« On avait prévu un camp de base dans le bassin d’Argentière en fin de saison, et là encore on a pris un but de la lune, on a bien touché l’effet de serre. »

Une partie de l’équipe était montée sur un créneau avant les grosses chaleur de mai, « le seul moment où la montagne ressemblait à quelque chose. » Il faisait 10 ou 15° sur le glacier. Tout purgeait. Une météo vraiment bizarre pour un début mai : normalement les températures sont encore largement négatives là-haut. Sam raconte que pour le film Waking Dream, avec le snowboardeur Pica Herry en 2017, « on avait eu une semaine de ski incroyable à la même période. »
« On n’a pas shooté tellement c’était pourri » raconte Max. « Le bon coté, c’est qu’on a passé la journée en t-shirt sur le glacier, il faisait chaud c’était les Caraïbes. »

Le quiver de Sam

« Je m’attendais à skier sur de bons skis, et j’ai été agréablement surpris. Je n’ai pas eu le temps de tout tester, mais j’ai monté des Corvus en début de saison pour me faire les cannes et le cardio. J’ai aussi sorti mes Nocta sur quelques journées de peuf, même si on n’a pas souvent eu les conditions. Et puis j’ai beaucoup skié le Anima, dans la bonne poudre, dans la ‘trafole, même montés en rando avec mes ATK16 j’ai sauté avec, j’ai tout fait. C’est un ski solide, mais avec une légèreté agréable pour un freeride. Pour le stage de guide j’ai skié le Mentis Freebird et j’ai passé la saison avec ma tenue Ora Modul, qu’on voit bien dans la vidéo. »

Vers d’autres hivers

Pour conclure, Max résume ses indicateurs de performance : « si ça fait plein de vues, je trouverai ça bien pour Sam et ses sponsors, mais pour moi ce n’est pas ce qui mesure la qualité. Que des gens viennent me dire c’est cool, c’est différent, là je serai content. »
Sam, un peu frustré par rapport à l’hiver d’avant, dur physiquement mais dans lequel l’équipe s’était toujours trouvée au bon endroit au bon moment, trouve que « ça manque encore de performance ».
Lui qui se bat pour mettre en avant son style de ski, une notion bien personnelle de l’engagement sur des grosses lignes, il est resté sur sa faim. Car si il a réussi à s’exprimer dans Flow, il aurait aimé pouvoir montrer plus de backcountry sur des lignes repérées autour de Chamonix.

« C’est une petite saison, il manque des choses, mais même si je suis trop ambitieux et exigeant avec moi-même, je ne suis pas trop mécontent. »

Et pour Sam, c’est déjà beaucoup.

 

Par @mathieuros

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