Résurrection

Bruno Compagnet et Layla Jean Kerley ont emmené skier un ami États-Unien dans les territoires sacrés accessibles depuis l’aiguille du Midi. Des retrouvailles qui ont eu pour conséquences de transcender Bruno…

Je ne suis pas un fanatique religieux, pas même un bon chrétien, mais plutôt un vieux païen. Le titre de ce petit texte et cette allusion à une renaissance viennent tout simplement du profond bonheur que j’ai éprouvé ces jours-ci en montagne en compagnie de ma compagne Layla et de Brenden, un ami États-Unien qui gagne sa vie en faisant péter de la dynamite sur les pentes de Jackson Hole dans le Wyoming.

Layla Jean Kerley

Aujourd’hui, la montagne nous est apparue plus belle, plus grande et plus lumineuse que jamais. Après des jours et des jours de tempêtes et de routes fermées à attendre une éventuelle ouverture des remontées mécaniques… Ce doux tapis de neige qui déroule sous nos skis dans ce cadre dont la beauté finira par faire couler des larmes d’émotions sur les joues de mon pote, nous apparaît encore plus beau après des semaines de patience. Les runs en forêt sont sympas, voir carrément euphorisants quand on skie en bande dans les bois comme une meute de loup, mais il me manquait quelque chose.

Nous vivons dans un monde magnifique et empreint de mystères que nous nous employons à détruire comme des enfants inconscients. Les signes du changement climatique sont autant de signaux d’alarmes que nous lance la terre et il faudrait être aveugle pour les ignorer. Je suis intimement convaincu que ce qui affecte le monde nous bouleverse aussi profondément. Comment pourrait-il en être autrement ?

Après des semaines de neige, de vent, de pluie, de redoux, de pluie et de neige… On a enfin pu retourner là-haut pour le simple plaisir de regarder la neige fraîche scintiller dans la lumière du soleil levant et la promesse de partager des moments exaltants. J’ai beau parcourir ce massif et ces montagnes depuis plus de 25 hivers, l’émotion reste la même. C’est un sentiment étrange et bien plus fort que celui ressenti dans un temple ou une église aussi grand et somptueux soient-ils, parce qu’il s’agit de l’œuvre de la nature et que les hommes, en dépit de leurs folies, ne pourront jamais rivaliser avec ça.

Layla Jean Kerley

Je suis ému et touché dans mon âme parce que mon histoire personnelle est liée à ces montagnes et peuplées de souvenirs bons ou mauvais qui ont fait l’homme que je suis devenu. Je n’ai jamais eu besoin d’aller à l’église pour écouter quelqu’un me parler de la vie en m’expliquant comment je devais me comporter. Pour moi, la vraie religion se pratique simplement au travers d’une passion, d’un métier, de la relation à ses enfants et de tout ce que l’on transmet au cours de sa vie… Il s’agit d’une attitude face aux autres et aux choses.

Quand je suis en montagne, je laisse tous mes problèmes dans la vallée, tous mes conflits, mes contradictions, mes erreurs et parfois les mauvais choix que j’ai pu faire et les pensées négatives ou les angoisses qui me réveillent au milieu de la nuit et m’empêchent de me rendormir. Je laisse tout ça en bas pour redevenir un homme heureux et libre.

Ce que je voudrais, c’est garder ce sentiment et cet état d’esprit quand je redescends dans la vallée. Je sais que c’est là, en moi, en nous. J’ai eu la chance de connaître cette expérience, de la vivre et de la ressentir dans toutes les fibres de mon corps. C’est une chose qui me rend profondément heureux et que je voulais partager.

Allons skier.

 

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