La découverte des Alpes de Lyngen

Au printemps dernier, le crow Guillaume Saenz accompagné de ses compagnons de route Jérémy Gey et Réza Nassif ont décidé de consacrer leurs économies de fin de saison à la découverte de la Norvège et plus particulièrement des Alpes de Lyngen. Un voyage initiatique dont Guillaume nous propose un récit circonstancié enrichi de belles inspirations photographiques.

La Norvège. Quand on évoque ce pays, il fait naître dans l’imaginaire collectif la vision de paysages magnifiques, entre fjords majestueux, côte sauvage, nature exubérante et aurores boréales… Ce pays, où le ski fait entièrement partie du quotidien et de l’histoire de ses habitants fait rêver tous les skieurs de randonnées amoureux de nature et de beaux paysages… Personnellement, en tant que photographe amateur, skieur et passionné de montagne, ce voyage était une évidence.

Avec mes compagnons de route Réza Nassif et Jérémy Gey, nous avons donc décidé d’organiser un voyage de fin de saison dans cette partie du globe et plus précisément dans les Alpes de Lyngen, un coin situé au-delà du cercle polaire arctique où la neige brave l’été.

 

Latitude 66° nord

Après avoir quitté Oslo, nous arrivons à Tromsø surnommé ‘’Le Paris du Nord’’, passage obligé pour skier dans les Alpes de Lyngen. Cette ville de 70 000 habitants est la porte d’entrée du Svalbard et le point de départ des grandes expéditions polaires. Nous n’avons pas encore mis les pieds sur le sol norvégien que nous en prenons plein la vue ! C’est le crépuscule, il y a des Fjords et de la neige à perte de vue… Le soleil se ‘’couche’’ vers 22 heures pour se lever aux alentours de 3 h 30. En réalité, il n’y a déjà plus vraiment de ‘’nuit noire’’ à cette période et le soleil se cache juste au-dessous de l’horizon.

Il nous reste environ 1 h 30 de route et un ferry pour arriver sur l’île où nous logerons. La route est mauvaise, défoncée par le sel, la neige et les déneigeuses. Les voitures sont recouvertes d’une épaisse couche de poussière et de sel. Quelle ambiance et quels paysages avec ces montagnes tout autour ! Fatigués et émerveillés, nous sombrons dans le sommeil des justes.

Le lendemain, nous prenons la direction de Koppangen, petit village de pêche typique situé au nord de l’île. Comme beaucoup d’itinéraires de la région, les distances pour rejoindre le pied des faces sont longues. Nous faisons beaucoup de ‘’faux plats’’ sur le magnifique glacier Koppangsdalen avant de rejoindre un col à environ 1 000 mètres d’altitude et admirer un panorama grandiose.

Dès que nous prenons un peu de hauteur, cette vue sur les montagnes entourées de fjords bleu turquoise avec ce soleil rasant compose un décor de rêve. En ski de randonnée, on a l’habitude de découvrir d’autres massifs montagneux, d’autres montagnes et d’autres terrains de jeux, mais ici, c’est autre chose. C’est un mélange de magnifiques sommets avec de belles pentes à skier, mais à basse altitude, des montagnes enneigées et des conditions météo dignes de station de ski françaises mais entourées d’îles, de plage, de port de pêche et d’une eau translucide à faire jalouser un Caribéen… Bref, c’est complètement dépaysant !

Les conditions de ski sont assez particulières à cette époque. Des Français rencontrés au départ de la rando nous avaient prévenus qu’il avait beaucoup neigé quelques semaines avant notre arrivée et qu’avec la météo printanière de ces derniers jours, le manteau neigeux ne serait pas très stable. De plus, avec un soleil qui se lève à 3 h 30 du matin, il fallait bien réfléchir aux faces à skier suivant l’exposition. Plusieurs accidents – dont certains mortels – avaient eu lieu ces derniers jours et il valait mieux jouer la prudence. Pour ce premier jour, nous ne dépassons pas les 30° de pente et restons dans les faces ouest – nord-ouest.

La patience

Les prévisions météo pour les jours à venir n’étaient pas fameuses. Les pays du nord ne garantissent pas soleil et chaleur tous les jours (heureusement d’ailleurs). On peut imaginer la vie ici, durant l’hiver où la nuit est permanente, avec des températures extrêmes et des mètres de neige, le tout « bloqué » sur une toute petite île entourée d’un océan glacial…

L’humidité et le vent de l’océan avec le froid du nord ne nous donnent pas vraiment envie de sortir du lodge. Mais le mauvais temps est prévu pour quelques jours et nous décidons d’aller nous promener sur l’un des sommets de l’autre côté du fjord. Finalement, c’est mieux que ce que l’on s’était imaginé. L’ambiance est incroyable et glaciale Un calme absolu règne à des kilomètres. Puis nous redescendons nous enfermer au lodge. La journée du lendemain sera pluvieuse et longue. On comprend que la patience est une vertu opportune en Norvège…

L’espoir

Après une journée de torture, enfermés à attendre que la pluie battante cesse, nous retrouvons l’espoir de profiter des paysages que nous avions contemplé à notre arrivée. Au moment d’entamer notre randonnée, nous sommes sceptiques quant à la qualité de la neige que nous rencontrerons à la descente. Il a plu des seaux d’eau et la neige est très humide. Cependant, après 1 200 mètres de dénivelé, c’est la surprise ! La limite pluie neige (PLN) se situait à environ 1 000 mètres et nous aurons bien 200 mètres de dénivelé poudreux avec un décor de cinéma avant de retrouver la neige lourde. D’autant plus que le soleil et nos sourires sont de retour, enfin du bon ski de printemps chez les Vikings !

Comme quoi, il ne faut jamais abandonner car il y a toujours de quoi s’amuser en montagne.

Le Spectacle

Ce jour-là, après une journée bien pluvieuse à scruter la météo heure après heure, il fallait se décider. Soit nous tentions de partir dans l’après-midi entre deux averses pour faire un peu de ski, soit nous attendions le début de soirée pour assister au coucher de soleil au risque skier une neige pas terrible. Après beaucoup d’hésitation, nous options finalement pour la seconde alternative et, à 17 heures, on mit le cap sur le Russelvfjellet, sommet le plus septentrional des Alpes de Lyngen. Partir en fin de journée avec une météo instable, le froid qui s’accentue, la faim et la fatigue, ce n’est pas toujours motivant… Mais comme toujours en photographie, les plus belles photos ne se font pas sur le bas-côté de la route en plein milieu de la journée.

La montée se fait dans une neige croûtée sur 5 cm et trempé sur 30 cm, puis nous remontons le couloir avec les skis au dos en brassant jusqu’aux genoux et en imaginant les jours de peuf dans ce même couloir avec l’océan pour décor, le rêve… Arrivés à mi-parcours, on comprend vite que c’est in skiable et que nous ne redescendrons pas de ce côté-ci. De plus, la météo n’est pas aussi bonne que prévu et les éclaircies semblent cantonnées à une centaine de kilomètres plus à l’ouest. Le doute s’installe. Comment espérer un magnifique coucher de soleil dans quelques minutes alors que c’est le règne du gris.

La vue depuis le sommet est magnifique, il ne manque plus que le dernier rayon de soleil de la journée pour illuminer tout ça et, vu la couverture nuageuse, ce n’est pas gagné et, dans le meilleur cas, ce serait une vision très éphémère. Pourtant, plus les minutes défilent, plus nous retrouvons l’espoir d’en prendre pleins les yeux.

Quand soudain, notre étoile fut assez basse, prête à se coucher et nous récompenser de tous nos efforts. Ça n’a duré que quelques minutes, mais ça en valait vraiment la peine, imaginez que nous ayons décidé de faire demi-tour à mi-parcours, nous aurions loupé ce magnifique instant. Nous en avons profité jusqu’au dernier moment, gelé jusqu’aux os mais le sourire jusqu’aux oreilles !

Retour à Koppangen

Lors de notre première journée, Jérémy avait repéré quelques faces à skier au-dessus de glacier de Koppangen, la journée était magnifique et nous partions en espérant pouvoir skier de belles pentes ensoleillées. Encore une fois le paysage était dingue mais on commençait à s’y habituer. La bonne surprise était que nous allions skier sur une neige de printemps qui venait juste de prendre le soleil, sur une belle face surplombant le glacier !

Arrivés en bas, nous apercevons une des entrées du glacier recouverte de plusieurs mètres de neiges. Nous en profitons pour aller voir cette incroyable sculpture naturelle.

Inéluctable fin

La fin du séjour approchait à grand pas et j’avais l’impression de m’habituer à cette ambiance, ces paysages, ce climat, à ces journées qui n’en finissent pas… La Norvège n’est malheureusement pas épargnée par le réchauffement climatique et, à cette période de l’année, cela influe beaucoup sur les conditions d’enneigement et la qualité de la neige. Ici, nous n’avons pas la possibilité de monter en altitude pour aller chercher de la neige fraîche. Heureusement, l’ambiance que dégagent ces magnifiques endroits est incroyable. L’impression d’être seuls au monde au beau milieu d’une nature virginale et sauvage.

Nous n’aurons pas eu les meilleures conditions météo et pourtant, ce pays me manque déjà. Ce calme, cette nature, ces paysages, ces lumières et le temps qui semble s’écouler lentement… Je suis sûr que tout ce que l’on a pu voir durant le séjour n’est qu’une infime partie du potentiel de ce pays. Je sais aussi que le jour où j’y retournerai, rien n’aura changé. Comme si le temps s’était arrêté depuis dans centaines d’années.

On n’a rien sans effort. Ici, ce dicton prend tout son sens. Mais si vous résistez à la pluie, au vent, au brouillard et au froid, vous serez forcément récompensés. Et quand les conditions sont au rendez-vous, il n’y a pas meilleur endroit au monde. Bienvenue en Norvège.

 

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