Wild sound

Unlimited skiing, l’harmonie d’Agoria

Agoria a pris ses habitudes dans la vallée de Chamonix. Il cale ses skis entre ses disques et vient partager d’intenses sensations entre sets en pleine montagne lors du festival Unlimited et glisse parmi les glaciers avec les amis de la vallée. Chamonix, le massif et ses explorations sonores ou obliques évoluent, s’inscrivant dans la durée pour devenir des histoires d’attachement, de plaisirs et de bonne musique. Rencontre avec un amoureux de la montagne, du ski et du festival. 

Tu fais parti des artistes les plus fidèles de l’Unlimited. Qu’est-ce qui te fait revenir ?

Parce qu’Unlimited ne ressemble jamais à un concert. C’est plutôt une sorte de rituel.

Chaque édition rappelle que la musique électronique peut encore être une question de contexte — pas seulement de sound systems ou de line-up. Tu n’es pas invité à jouer en montagne, tu es invité à jouer avec elle. Ça change tout.

Je ressens aussi à quel point les salles où nous jouons ont énormément évolué au fil des années. Des endroits comme La Folie Douce ou le Cat Club sont devenus de vrais clubs. Les conditions ne cessent de s’améliorer et permettent à la musique de respirer différemment.

De l’Aiguille du Midi (3842 m) au Skyway Monte Bianco — quel lieu t’a le plus marqué, et pourquoi ?

L’Aiguille du Midi était presque métaphysique. Tu es suspendu entre la roche, la glace et le ciel… il n’y a nulle part où se cacher.

Le Skyway Monte Bianco, à l’inverse, était plus fluide, plus cinématographique — comme un voyage à travers des couches d’altitude, en suspension permanente.

Tous ces shows étaient absolument hallucinants.

Mais si je devais choisir aujourd’hui, ce ne serait pas un lieu.

Ce serait un endroit où Candide Thovex performe avec moi. N’importe où… tant que je peux, d’une manière ou d’une autre, réussir à aller là où il va — et ça, c’est le vrai défi (rires) !

Jouer de la musique électronique dans de tels lieux n’est pas anodin. Qu’est-ce que cela change pour toi, en tant qu’artiste, de jouer à cette altitude ?

L’ego disparaît. Tu arrêtes de penser en termes de performance et tu commences à penser en termes de présence. À cette altitude, le silence est assourdissant. La musique ne domine pas — elle dialogue.

Ça te rappelle à quel point nous sommes insignifiants, et à quel point notre écosystème est fragile. Tu joues différemment quand le paysage lui-même semble vivant et vulnérable.

Unlimited s’apparente aujourd’hui à une famille – que signifie ce mot pour toi dans ce contexte ?

Avec José, je suis impliqué dans la direction éthique et artistique des Nuits Sonores depuis plus de dix ans. Je l’ai rencontré alors qu’il n’était même pas encore majeur — cela fait presque 30 ans d’amitié.

C’est un véritable amoureux de la musique électronique, bien au-delà des effets de mode. La seule chose qu’il aime plus que la musique électronique, le ski.  Avec Rouxie, ils me poussent chaque année à devenir un skieur à peu près décent (rires). Aujourd’hui, nous partageons ces moments avec nos familles et nos enfants. C’est pour ça qu’Unlimited, au-delà du rituel, est une histoire vécue.

Tu nous as suivis dans des lieux parfois extrêmes… y en a-t-il un dont tu rêves encore ?

Oui. Ces dernières années, j’ai aussi commencé à développer des expositions artistiques.

J’imagine très bien une exposition à l’intérieur d’une immense grotte de stalactites — un espace minéral, caverneux, où le son, la lumière et la géologie fusionnent, avec respect et sens.

C’est une idée qui mûrit dans nos esprits depuis des années. Il ne nous reste plus qu’à réunir les fonds pour la rendre réelle.

Hors des platines, tu es devenu un vrai skieur — qu’est-ce que la montagne t’apporte par rapport à la musique ?

Grâce à José et Sammy ! J’y arrive doucement, mais je reste un vrai amateur. Maintenant que j’ai rencontré Candide Thovex, je n’ai plus aucune excuse. Après avoir parlé avec lui, on perçoit immédiatement la dévotion et la quantité de travail absolument folle pour atteindre ce niveau de précision.

J’ai toujours été très curieux et j’adore rencontrer de nouvelles personnalités. J’ai le sentiment que nous avons énormément à apprendre de ces rencontres en montagne. Ça peut sembler cliché, mais là-haut, il y a quelque chose de profondément authentique. La montagne est reine.

L’an dernier à Tignes, nous déjeunions au panoramique avec Clément Bouvier et nous n’avons pas pu redescendre pour mon concert à cause d’un changement brutal de conditions météo. Tout est dit.

Je suis constamment en mouvement avec mes concerts et mon art — physiquement, mais aussi mentalement. Le ski est une pause nécessaire face à ce qui peut parfois ressembler à une course absurde aux doses d’émotions.

Là-haut, tu lâches prise.

Tu laisses faire.

Tu laisses tomber la neige.

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